Enregistrement No. 19 : 13 mai 2184

Voilà un jour où je n’ai pas envie de dire grand-chose… Il y a deux ans aujourd’hui disparaissait Delilah. Ma Delilah… J’ai dû rester au moins vingt minutes devant sa photo, ce matin, avant de sortir du lit. Quand je ferme les yeux, je vois les siens, si profonds, si aimants… Je m’attendais à des remontrances d’Amar quant à ma procrastination. Mais, pour une fois, elle n’a rien dit !

Je fais tout au ralenti et n’ai vraiment envie de rien faire… Et ce bruit, que j’entends à plusieurs reprises dans la journée, maintenant, comme si quelqu’un d’autre ou un animal quelconque marchait dans les couloirs du Colombus. Je me demande si je ne suis pas en train de perdre les pédales… A moins que ce ne soit cette roublarde d’Amar qui fait ces bruits. Et puis des bruits de pas dans le Colombus, ça n’est pas possible. Il n’y a pas de pesanteur. Je me déplace dans des couloirs cylindriques par la force des bras. Le sol des couloirs redescend en présence de pesanteur sous l’effet de la gravité qui compresse le système hydraulique qui le supporte. En apesanteur, ce même système repousse le sol vers le haut donnant une forme cylindrique aux coursives, plus pratique pour se déplacer grâce à des prises creusées dans le sol et les murs. On peut ainsi se déplacer dans n’importe quelle position.

Depuis des jours que ce bruit m’obsède, je passe de plus en plus d’heures à tout examiner. Mais l’appareil est si grand et ce bruit apparait à des endroits différents tous les jours… J’en viens à me demander si ce n’est pas Amar qui les fait pour m’amener à examiner telle ou telle zone. Je crois que je vais la couper. Au moins quelques jours. Pour voir si ce bruit apparait encore…

par Damien Allemand

Enregistrement No. 18 : 10 mai 2184

Comme on dit, « en mai, fais ce qu’il te plait ! ». Je varie, au maximum, mes activités : sport, lecture, cinéma, jardinage, jeux vidéo et, bien sûr, mes trois ou quatre heures de bricolage quotidien pour assurer la maintenance de l’appareil. Amar semble s’être faite à l’idée que je faisais ce que je voulais et que j’étais le seul maitre à bord ! A moins que ce soit moi qui, inconsciemment, ai progressivement stabilisé mon rythme de vie sur une variété d’activités plus saines que de passer des dizaines d’heures devant des films…

Je pense aux colons qui font ce trajet pour aller s’établir à des années lumières de chez eux… Je vais d’ailleurs doubler deux de leurs vaisseaux, l’un se dirigeant vers Cl1 et l’autre vers Cl3. Je devrais arriver à leurs destinations respectives avant eux, bien qu’étant parti plusieurs semaines après ! Etant plusieurs centaines par appareil, ils ont au moins du monde à qui parler et sur qui compter en cas de panne ou de maladie… Moi, à part Amar et mes plants de tomates… Enfin, bref ! C’est un choix de vie ! Je me surprends assez souvent à parler au Colombus ou à la machine que je suis en train de réviser… Alors, Amar me répond !

Ces derniers jours, j’ai cru entendre des bruits étranges alors que je me déplaçais dans une coursive… Au début, je n’y ai pas fait attention, mais ce même bruit étant revenu à plusieurs reprises je commence à me dire que je ne rêve pas… Ca fait comme des petits pas discrets et des petits craquements. J’espère n’avoir pas embarqué de passager clandestin, comme des rongeurs ou des insectes… Cela pourrait dangereusement compromettre la sécurité de mes systèmes. Pour me rassurer, je me dis que, passant des heures, tous les jours, à démonter tout ce qui peut l’être, j’aurais depuis longtemps découvert des traces comme des câbles rongés ou des excréments. Amar, bien sûr, n’entend rien… Elle est pas fichue de me localiser l’origine de ces bruits par triangulation…

C’est pour ça que je passe de plus en plus d’heure à tout vérifier… Au moins pour me rassurer !

par Damien Allemand

Enregistrement No. 17 : 30 Avril 2184

Vingt heures de voyage mouvementé dans l’espace… Non, je n’ai pas croisé la trajectoire d’une planète orpheline. Je me suis offert la triple trilogie de la meilleure œuvre de science-fiction ! Certes, la Guerre des Etoiles a plus de deux cents ans, mais ça n’a pas pris une ride ! Il est vrai que la version que j’ai regardée a été remastérisée en « full 4Pi », comme ils disent… Mais son scénario tient toujours la route ! Sans parler du final, le sacrifice ultime de Luke Skywalker… Même après près de vingt heures de film, on arrive encore à pleurer quand, comme son père, trois films plus tôt, revenant du côté clair de la Force, il se sacrifie pour sauver la galaxie !

Evidemment, miss Je-sais-mieux-que-toi-ce-qui-est-bon-pour-toi n’a pas raté l’occasion de me faire remarquer que vingt heures, enfermé dans la salle d’immersion à regarder des films en « full 4Pi », ça n’était pas bon pour mon mental et que je ferai mieux de faire un peu de sport ! Ca ne fait pas une semaine que je l’ai activée et déjà on a l’air d’un vieux couple qui se dispute…

Sans parler de mes contrôles systèmes quotidien. Je donne l’air de passer du bon temps à lire sur des plages paradisiaques virtuelles, regarder des films en immersion et me cuisiner des bons petits plats, mais je n’ai encore jamais parlé du temps que je passe tous les jours à démonter et remonter tous les systèmes de l’appareil pour en contrôler le bon fonctionnement. Système d’épuration des eaux, ventilation, alimentation de synthèse, circuits électriques, informatique, propulsion chimique, moteurs de repliement… Tous les jours, selon un programme bien défini à l’avance, je démonte des éléments d’un de ces systèmes pour vérifier leur bon état, leur niveau d’usure et, surtout, pour m’entraîner afin d’être plus rapide en cas de panne.

Car, quand on est seul dans l’espace à des années lumières de la civilisation humaine, il faut être capable de tout gérer. Pas question de téléphoner au garagiste du coin et espérer voir venir une dépanneuse… Et la rapidité compte beaucoup dans un appareil sensé être autonome, car toute détérioration d’un de ces systèmes peut provoquer un déséquilibre de la totalité de l’appareil… Ainsi un problème dans le système d’épuration des eaux peut provoquer un dysfonctionnement des systèmes alimentaires qui, non content de m’alimenter, alimentent aussi une partie des générateurs électriques, dont une baisse de production pourrait entraîner un dysfonctionnement de n’importe quel autre système de l’appareil. Ainsi, la moindre panne de n’importe quel système peut entraîner, par effet de cascade, la panne de tout le vaisseau…

Voilà pourquoi je passe tous les jours trois ou quatre heures, parfois plus, un tournevis dans une main, une pince dans l’autre et une lampe sur le front, à démonter et remonter tout ce qui peut l’être… Ainsi, hier, pour rattraper le travail non fait la veille j’ai passé six heures dans les boues d’épuration, un masque à gaz sur le nez ! Mais ça valait le coût. Mon petit bijou volant, ronronne comme un gros chaton bien nourri !

Aujourd’hui, j’ai décidé de me faire des journées à thème en associant séance de vélo en montagne avec immersion dans des paysages d’altitude pour mes séances de lecture, ou encore nage en eaux tropicales avec plage de sable fin… J’ai d’ailleurs trouvé le moyen de programmer la ventilation pour qu’elle envoie des souffles légèrement plus fort quand les cocotiers sont secoués par une légère brise… Ca rend l’effet encore plus réaliste !
En attendant, je reprends mon tournevis et vais me dépêcher d’achever le travail programmé pour aujourd’hui…

par Damien Allemand

Enregistrement No. 16 : 27 Avril 2184

– Bonjour Balt !
– Bonjour Amar !
– Tu as bien dormi ?
– Très bien ! Et toi ?
– Tu sais bien que je ne dors pas !
– Oh ! J’avais oublié… (Faudra qu’ils rajoutent un module humour sur la version 2.0, pense-je…)
– Tu as prévu de faire du sport aujourd’hui ?
– Oui… Comme tous les jours… Merci de te soucier de ma santé…
– C’est mon rôle.

C’est ainsi que commencent mes journées… Je me demande si je ne vais pas la débrancher… Je préfère discuter avec mes plantes. Elles ont l’air presque plus intelligentes ! Au moins, elles produisent quelque chose. J’ai récolté des tomates succulentes, hier. Agrémentées d’un filet d’huile d’olive – j’ai quelques aliments en stock qui ne sont pas produits par mon jardin et qui, bien que non vitaux, vont finir par me manquer un jour… – de feuilles fraiches de basilic, un  peu d’ail, ce fut un régal ! C’est fou ce qu’on peut apprécier les produits frais, quand on vit soi-même dans une boite de conserve…

Hier, fut une journée cinéma. Je me suis enchaîné trois Sergio Leone reformatés en trois cent soixante, dans ma salle d’immersion. Ils ont reconstitué en image de synthèse les décors du grand ouest sauvage pour plonger le spectateur au cœur du désert ou des batailles de la guerre de Sécession. C’était fabuleux ! Sur Terre, ils ont même des salles où ils peuvent rajouter la sensation du vent, de la pluie, des odeurs… Demain, je m’offre la triple trilogie de la Guerre des Etoiles, dans l’ordre chronologique de l’histoire ! Près de vingt heures de films d’affilé ! Aujourd’hui, je vais me faire une journée plus calme. J’ai programmé la salle d’immersion pour me plonger dans un paisible décore de plage paradisiaque. Je vais m’y installer pour faire un peu de lecture. Je vais profiter de mon long voyage pour relire tous les grands classiques de la science-fiction, Fondation, Rama, Seidan, Ubik…
Mon four à pain vient de sonner. C’est l’heure de mon petit-déjeuner.

par Damien Allemand

Enregistrement No. 15 : 24 Avril 2184

Me voilà à nouveau plongé dans le noir absolu du repliement spatio-temporel et, cette fois, j’en ai pour soixante-dix-neuf jours… Autant dire qu’il va falloir trouver à m’occuper si je ne veux pas devenir fou ! Mais, bon, ça n’est pas les occupations qui manquent à bord… Sport, lecture, vidéos, jeux, jardinage… Sans parler d’Amar, une intelligence artificielle embarquée, programmée pour communiquer avec les voyageurs spatiaux et veiller sur leur santé psychologique. Jusqu’ici, je n’avais pas trop fait appel à « elle » – elle est dotée d’une voix féminine – car j’étais bien occupé avec la navigation, mais les mois qui viennent risquant d’être vide et déprimant, j’ai décidé de l’activer. Elle n’a aucun contrôle sur l’appareil. Elle ne peut que communiquer avec moi, surveille mes actions et mes activités. Si elle détecte chez moi un comportement suspect ou des signes de stress dans nos conversations, elle me prévient et m’aide à évacuer ce stress. Pour l’instant, on n’a pas échangé grand-chose, juste des « Bonjour-Bonsoir » et quelques autres banalités du même genre… Pour tout avouer, je me demande même, si je ne risque pas de devenir encore plus fou à discuter avec une machine… Donc, pour l’instant, elle surveille juste mes actions sans beaucoup plus d’interactions.

Pour revenir sur ce qu’il s’est passé depuis mon dernier enregistrement, j’ai quitté Umbriel pour me mettre en orbite autour d’Uranus. J’ai progressivement accéléré ma rotation jusqu’à m’éjecter dans la direction de Cl1 à la vertigineuse vitesse de cinq cent mille kilomètres par heure. J’ai attendu quatre jours pour effectuer mon repliement, le temps de m’éloigner suffisamment, de faire un dernier point avec ma base, de programmer le repliement et de revoir le fonctionnement de tous les appareils. Et me voilà depuis deux jours plongés à nouveau dans le noir. Mais pas tout à fait… J’ai programmé l’affichage de la cabine pour me montrer ce qu’il y aurait à l’extérieur si je voyageais dans l’espace normal. Je vois donc, depuis le poste de pilotage, non pas ce qu’il y a à l’extérieur, mais une reconstitution du ciel étoilé tel que je le verrais si je voyageais sur une ligne droite du point d’où je suis parti au point où je suis sensé retourner dans l’espace normal dans le temps qui est prévu. Autant dire que, éloigné comme je suis de tout corps céleste, l’image est quasi immobile, les mouvements étant imperceptibles à l’œil. Mais c’est moins déprimant que le noir absolu !

Je vais fermer cet enregistrement pour aller faire un peu de sport. Après je me ferai un ou deux films immersifs et attaquerai le programme de lecture que je me suis concocté avec ma bibliothèque… Je raconterai tout ça dans mon prochain poste…

par Damien Allemand

Enregistrement No. 14 : 18 Avril 2184

Le survol d’Uranus est assez ennuyeux. L’atmosphère est très uniforme. Une légère couche nuageuse de méthane dessine des filaments blancs. Il est difficile d’imaginer que ce paisible spectacle cache des vents de plusieurs centaines de kilomètres par heure. Je fais un tour des nombreux satellites. Je décide de me poser sur Umbriel au cœur du cratère Wunda pour observer de plus près cette accumulation de glace pure qui a fait couler tant d’encre. Les magnifiques dunes blanches reflètent avec une telle pureté la luminosité combinée d’Uranus et du soleil que c’en est presque éblouissant ! Quel sentiment de calme et d’infini, d’être ici. Rien que le vide noir du ciel, la lumière bleutée d’Uranus, et le lointain point blanc légèrement jaune du soleil. J’ai aperçu, une fois, passer dans le ciel, une des sondes robots qui viennent faire le plein d’hydrogène et repartent vers la Terre ou vers Mars. Une fois par semaine une nouvelle sonde arrive et une autre repart. Ce ballet incessant fournit le carburant nécessaire aux activités humaines. Certains prétendent que cela déséquilibre les écosystèmes de ces planètes par l’introduction de gaz extérieurs. Pour Mars, le risque est très réduit. Mais en ce qui concerne la Terre, son déséquilibre est déjà bien avancé… Sans l’ingénierie météorologique qui s’y est bien développée, cela ferait longtemps qu’elle ne serait plus habitable ! L’émigration, en pleine croissance, vers Mars et les colonies extrasolaires devrait permettre de réduire l’activité humaine sur Terre et l’aider à retourner vers l’équilibre…

Assis sur les dunes de glaces de Wunda, je contemple ainsi notre système solaire, philosophant avec moi-même sur le sort de l’humanité… Si je démontre qu’avec ces nouvelles technologies on peut atteindre nos lointaines colonies en des temps raisonnables, alors l’émigration s’intensifiera certainement. Penser que mon si insignifiante balade pourrait jouer un rôle clé dans l’avenir de l’humanité…

Au loin, je vois un point bleu sombre dans le ciel. Il s’agit de Neptune. Une planète très similaire à Uranus, bien qu’un peu plus petite et plus dense. Sa couleur bleue, beaucoup plus intense que celle d’Uranus, a récemment été expliquée par la forme chaotique de sa surface de diamant. Les deux planètes ont, en effet, une surface faite d’un océan de carbone métallique liquide recouverte de carbone sous forme de diamant, y flottant, telle une immense banquise. Quand on pense que certaines rêvent d’une rivière de diamant et qu’on en a là, presqu’à portée de main, un véritable océan… Je dis « presque », car les conditions de pression et de température y sont telles qu’il est inimaginable d’essayer d’y envoyer un quelconque robot puiser dans cette abondance ce qui est si rare sur Terre… Pour revenir, donc, à l’intense couleur bleue de la cousine Neptune, sur celle-ci la météo y est beaucoup plus chaotique que sur la paisible Uranus qui éclaire mon ciel, actuellement. Là-bas les vents y atteignent des vitesses de plus de deux milliers de kilomètres par seconde, de loin les plus rapides du système solaire… Alors que sur ma paisible Uranus, la planète la plus froide de notre système, les vents y sont plus uniformes. Ces tempêtes d’hydrogène ont façonné, sur Neptune, une surface bien plus chaotique – imaginez des cristaux de diamants de la taille d’une montagne – qui diffracte différemment la lumière du soleil. D’où une couleur plus bleue que la froide et claire banquise uranienne…

Cette paisible exploration de nos lointaines planètes de glace, m’a convaincu que le tourisme est ici assez ennuyeux et limité… Je vais changer mon programme et laisser tomber l’exploration de Neptune. Je vais me reposer encore quelques heures sur Umbriel, histoire de m’offrir une bonne « nuit » de sommeil, autant qu’on puisse faire une quelconque différence entre le jour et la nuit, ici. Puis je me programmerai une sortie du système solaire en utilisant l’attraction d’Uranus comme pour un lance-pierre. Une fois sortie du plan de l’écliptique, je pourrai replier l’espace vers notre plus proche colonie de Cl1, un voyage de deux ou trois mois. Mais avant cela il me faut m’éloigner et pour le tour de manège autour d’Uranus que je vais subir demain je préfère être au mieux de ma forme !

par Damien Allemand

Enregistrement No. 13 : 16 Avril 2184

Me voilà posé sur Titania, la plus grosse Lune d’Uranus. J’ai pu me dégourdir un peu les jambes en marchant sur un vrai sol. La gravité, bien que quatre fois inférieure à celle de la Lune, est bien agréable à sentir sous ses pieds ! En effet, je n’ai pas de gravité dans le Colombus et suis obligé, pour maintenir ma masse musculaire, de m’astreindre à plusieurs heures d’exercices physiques quotidiennement.  Pour cela, l’appareil est bien équipé ! Il y a le classique vélo d’intérieur, mais aussi un tapis de course bidirectionnel équipé d’élastiques et de chaussures magnétiques qui reproduisent quasiment à la perfection la sensation de course terrestre. Il est, bien sûr, assorti de programmes faisant varier les sensations gravitationnelles pour simuler les côtes, les descentes, les virages, ainsi qu’une dureté variable du sol pour simuler différents types de terrain, comme une piste d’athlétisme, un chemin caillouteux, une plage de sable fin ou une prairie herbacée. Associé à un casque de réalité virtuelle, je peux ainsi courir ou simplement me promener, n’importe où sur Terre. J’ai même quelques programmes simulant des terrains d’autres planètes comme Mars ou des univers complètement fictifs, futuristes ou fantastiques… Bien sûr ce genre d’environnement n’apporte pas un grand plus quant au rôle initial de cet appareil qui est d’entretenir voire d’améliorer la masse musculaire, mais joue un rôle très important dans le maintien des fonctions psychologiques. Ce qui est critique quand on est seul au milieu du vide spatial…

Mon exercice préféré est le tube de natation. C’est un grand tube cylindrique d’environ deux mètres de diamètre et trois mètres de long, complètement hermétique. Une fois à l’intérieur, je le ferme, je mets un masque et un tuba relié à une source d’air comprimé et j’attache à mon bras un petit tableau de contrôle avec lequel je démarre le remplissage du tube et programme ma balade, mer du sud, mer rouge, océan arctique avec promenade sous la banquise, exploration des profondeurs marines, visite du Titanic… Le système envoie devant moi de l’eau sous pression pour me permettre de nager et modifie l’image à l’intérieur du tube pour représenter l’environnement que je suis en train de visiter, modifiant l’image en fonction de mes mouvements. La température de l’eau est même légèrement modifiée pour augmenter les sensations lors d’une exploration sous la banquise ou le passage à proximité d’une cheminée volcanique, sans, bien sûr, reproduire les véritables températures qui seraient insupportables !

La variété et la quantité de ces programmes est telle que je peux envisager les prochaines années d’exploration spatiale en toute sérénité, sans craindre d’avoir à refaire un parcours déjà fait…

Pour revenir à la réalité du moment, la surface de Titania est couverte de petits rochers et d’une épaisse poussière grise. De temps en temps, je suis surpris par un petit jet de gaz en provenance de la faible activité cryovolcanique. Ils sont si rares et faibles qu’ils ne représentent aucun danger, mais ils surprennent toujours au milieu de ce paysage qui semble complètement mort. Au-dessus de ma tête j’ai la magnifique lumière bleutée d’Uranus que j’irai voir de plus près demain. Au loin, le soleil est un petit point à peine trois ou quatre fois plus gros que les autres étoiles.

Sur ce, je retourne à l’intérieur du Colombus m’occuper de mon jardin et faire un peu de recherche dans ma bibliothèque virtuelle pour préparer mon exploration d’Uranus et de ses satellites.

par Damien Allemand