Dennis Jaïnoa : Journal d’exploration. Lundi 29 Février 1932

La forêt est si dense que nous avons dû abandonner nos montures il y a trois jours. Nous progressons lentement. Nous sommes dans une zone qui n’a jamais été explorée auparavant. De nombreuses légendes circulent sur la présence de civilisations indigènes. Certains disent même qu’elles seraient plus évoluées que nous. Ce qui est certain, c’est qu’on n’en a vu aucune trace. J’ai du mal à croire qu’une civilisation évoluée puisse vivre par ici sans qu’on en ait vu le moindre signe.

On a perdu presque tous nos guides et porteurs. Ceux qui ne sont pas morts de maladie ou d’une attaque d’animaux sauvages ont déserté, terrorisés par les diverses superstitions. Mais je ne désespère pas d’atteindre cette vallée légendaire dans les jours qui viennent. Nous avons dû faire un détour pour passer les reliefs. Et, d’après mes estimations, mercredi ou jeudi, nous y serons…

Cette nuit la forêt est particulièrement sombre. Le ciel est très couvert et on ne perçoit aucune étoile à travers le feuillage. J’espère qu’il n’y a aucun sauvage dans le coin. On ne les verrait pas venir et on n’a rien pour se défendre. J’espère aussi que cette ambiance inquiétante ne va pas faire fuir notre dernier guide et nos trois derniers porteurs.

Pour faire bref, c’est plein d’inquiétudes que je m’apprête à dormir, mais ce n’est plus le moment d’abandonner. On est si près du but…

par Damien Allemand