Balt Cairn : Jeudi 19 Mai 2185

Il s’est passé tellement de choses depuis l’attaque de la caverne, que je n’ai pas eu le temps de mettre mon journal à jour…

Je viens de terminer de rentrer les notes que j’avais prises sur mon carnet et finir les bricolages nécessaires, surtout au niveau du jardin, dus à une trop longue absence non planifiée…

Revenons, maintenant, aux évènements de la caverne. Tout s’est passé si vite que j’avais à peine eu le temps de comprendre qu’il se passait quelque chose qu’un individu en costume spatial se précipitait sur moi, coupait mes liens et m’entrainait derrière lui, au pas de course, dans le dédale des cavernes, plongées dans le noir. Je distinguais à peine, par-ci ou par-là, la rougeur des torches accrochées aux murs, en train de s’éteindre. L’individu avait dû les éteindre lors de son passage aller et était allé si vite, qu’au retour, elles rougeoyaient encore un peu ! Je butais à plusieurs reprises sur des objets au sol. Des rochers ? Des Kiiknas ? Je ne voyais rien du tout mais mon guide semblait être équipé d’une technologie de vision nocturne.

Sortant des cavernes, il s’accrocha à moi et, déclenchant un petit propulseur dorsal, m’emmena dans les airs avec lui jusqu’aux sommets des falaises où l’attendait son appareil. C’est pendant ce vol que je m’aperçus qu’il avait une queue et compris que j’avais probablement à faire à un Puus. Sans donner aucune explication, il décolla et m’emmena au Colombus qu’on atteignit quelques minutes plus tard.

Se plaçant derrière lui, face à la porte de la soute, il prononça à la radio cette phrase à l’intention d’AMAR qui manqua de peu de provoquer chez moi une crise cardiaque : « AMAR, ouvre ! Rwamène Bwaalt… ». Je connaissais cette voix ! Mais ce n’était pas possible… « Bien sûr, Mademoiselle ! » AMAR aussi l’avait reconnue. Sans hésitation. Je commençais à me dire qu’il ne s’agissait que d’un rêve. Leur nourriture me donnait des hallucinations et j’étais en train de faire un mauvais rêve au fond de ma grotte. Je devais avoir de la fièvre. Effectivement, je ne me sentais pas bien. L’appareil se posa dans la soute du Colombus. La porte s’ouvrit. Je sortis, chancelant, m’éloignant de ce terrible fantôme. J’avais du mal à respirer. Je me tenais à une caisse. Elle se retourna vers moi et enleva son casque. Namgou !!! Elle se tenait là, debout, devant moi. Bien vivante ! Et j’entendis cette phrase dans le traducteur encore dans mon oreille : « Et bien quoi ?! Chez vous aussi, les chats ont neuf vies, non ?! » Puis elle se jeta à mon cou pour m’embrasser. Je tombai et perdis connaissance !

Quand je me réveillai, plusieurs heures plus tard, j’étais dans ma couchette et elle dormait, roulée en boule, blottie contre moi. L’écran de ma cabine, qui était en mode hublot, m’indiquait que, dehors, il faisait déjà jour. Je l’observais un moment, réalisant enfin que ce n’était ni un fantôme, ni un rêve et qu’elle était bien là, vivante. Je la caressais doucement. Elle se mit à ronronner dans ses rêves. Puis elle ouvrit les yeux, me regarda et me sourit.

Nous passâmes les jours suivants à discuter, à nous raconter ce qu’il nous était arrivé depuis notre séparation. Elle m’expliqua que les Puus avaient une glande qui, s’ils se préparaient bien à mourir, pouvait les ramener à la vie plusieurs jours après leur mort, le temps que leur corps répare ce qui avait causé leur décès. C’était très efficace contre certaines infections bactériennes qui mouraient avec le corps, laissant ainsi un corps sain revenir à la vie. La glande pouvait fonctionner, généralement, neuf fois, mais si elle n’était pas utilisée pendant plus de trente ou quarante ans, il se pouvait qu’elle se détériore et cesse de fonctionner. C’est pourquoi il était important de la stimuler en provoquant la mort tous les trente ans si aucune mort naturelle n’était intervenue depuis. Pour Namgou, qui avait moins de trente ans. C’était sa première mort. Et c’était une toute nouvelle expérience très excitante ! Elle ne pouvait pas me raconter comment c’était de l’autre côté car il n’existait pas de mot pour traduire cela dans ma langue. Mais elle me raconta que, une fois morte, la première chose qu’elle a faite a été de rechercher ses amis du vaisseau et, la bonne nouvelle, c’est qu’elle ne les a pas trouvés. Ils étaient donc encore vivants, quelque part ! Puis elle a cherché Delilah et l’a retrouvée ! Elle lui a laissé un message pour moi : elle est heureuse que je sois parti à sa recherche et qu’elle me retrouvera au bout du chemin, sur l’étoile la plus loin. Mais elle n’est pas trop sure de ce que ça veut dire… Des fois les morts parlent bizarrement… Et puis, même si la barrière de la langue est affranchie dans l’autre monde, il reste une barrière de la logique de la pensée qui n’est pas évidente à franchir.

Revenue à la vie, une autre pierre avait poussé sur son front. Elle n’eut aucun mal à me retrouver grâce à la pierre que je porte autour du cou et qui me lie à elle d’un lien invisible. Elle n’a également eu aucun mal à repérer le Colombus, mal camouflé, selon elle !

On a ainsi continué à discuter des heures durant, oubliant les heures de repas et les corvées d’entretien du Colombus qu’AMAR dut me rappeler de faire à plusieurs reprises…

Ne pouvant partir tout de suite, car on attend le retour de mon courrier, Namgou va m’aider à mieux camoufler le Colombus.

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par Damien Allemand

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