Dennis Jainoa : Mercredi 29 Juin 1932

Quelles étranges sensations… Ce passage dans une autre dimension… D’abord l’impression de perdre l’équilibre, ce qui, en apesanteur, est particulièrement paradoxal ! Puis viennent les sensations de déjà-vus. Comme si on avait l’impression de revivre en boucle quelque chose qu’on a déjà vécu. Puis viennent les nausées puis la perte de connaissance. Après quelques jours de repos, nous avons pleinement récupéré et sommes parfaitement remis ! Ces épreuves sont dures mais nous sommes fiers d’être aujourd’hui les Kiiknas les plus loin et les plus rapides !

Il était temps qu’on sorte de notre repos car nos compagnons de voyage semblaient s’ennuyer de nous. Il est vrai qu’on passe beaucoup de temps ensemble. Nos échanges sont très enrichissants pour nous tous. De plus, nos besoins réduits de sommeil par rapport à eux nous permettent de passer plus de temps à surveiller les indicateurs de vols et ils semblent apprécier quand on vient leur apporter le petit déjeuner dans leur cabine ou quand Balt nous trouve au poste de pilotage quand il se réveille plus tôt. Cela lui fait de la compagnie dès le réveil !

par Damien Allemand

Balt Cairn : Dimanche 26 Juin 2185

Nous avons fait notre premier saut en espace replié. Les Kiiknas sont malades depuis hier… Ils n’ont pas supporté le repliement et ont vomis partout avant de perdre connaissance ! Ils ont l’air un peu mieux ce matin mais sont incapable d’avaler quoi que ce soit. Je pense qu’ils vont avoir besoin d’encore un jour ou deux pour s’en remettre complètement. Ils se reposent dans leur cabine, une grande armoire de stockage que j’ai bricolé pour l’adapter à leurs besoins. Ils se reposent dans des caissons remplis d’une substance gélatineuse de leur conception et qui semble leur faire du bien… En tout cas, ils ne font plus les fiers ! Le positif est que ça nous laisse plus de tranquillité et d’intimité… Car, en temps normal, ils dorment peu et sont vraiment collants !

par Damien Allemand

Dennis Jainoa : Vendredi 24 Juin 1932

Nous avons récupéré les armes mécabios. On s’éloigne depuis deux ou trois jours pour, parait-il, faire un « saut en espace replié »… Je n’ai aucune idée de ce que ça veut dire mais je suis très excité à l’idée de vivre ça. Je crois que ça va nous permettre d’aller plus vite. Tout ce que je comprends, c’est qu’il faut être le plus éloigné possible de toute matière pour éviter des perturbations…

par Damien Allemand

Balt Cairn : Mardi 21 Juin 2185

Chez moi, sur Terre, c’est l’été et, depuis un peu plus de deux siècles, il est une vieille tradition qui veut qu’on fête la musique parce qu’un gars a dit un jour qu’il fallait sortir son instrument et aller jouer dans la rue…

Aujourd’hui, on est revenu sur Kiik. Alors, j’ai sorti mon instrument, un petit harmonica, et leur ai fait gouter quelques airs de chez moi. A ma grande surprise, ils ont adoré. Ils m’ont aussi fait des démonstrations de leurs musiques. Difficile de décrire leurs instruments tant ils ont des formes bizarres à mes yeux de terrien, des boules reliées par des sortes de branches. Le tout fait un son métallique et fluté, plutôt aigu, ce qui n’est guère étonnant quand on entend la tessiture de leur voix. Ils rythment leur musique par des tambours dont les pulsions graves font trembler le sol. Ca me fait un peu penser à ces musiques traditionnelles Japonaises, dont j’ai oublié le nom, en admettant que je l’ai jamais su… Je n’imaginais pas que la musique puisse être aussi universelle ! Même Namgou, qui n’est pas musicienne, a apprécié ces échanges artistiques interstellaires.

Bref ! Revenons à nos moutons ! On n’est pas revenu sur Kiik pour fêter la musique, mais pour récupérer un peu de matériel pour le spécialiste de micro-bio-chi. On a mis au point une stratégie. Plutôt que de se rendre directement au point rapporté par le courrier, on va faire des bonds de systèmes en systèmes, un peu comme le petit prince de la fable, observant à chaque fois le système suivant pour essayer d’y déceler un éventuel danger avant d’y aller. Comme je le disais on va dans une zone relativement dense en systèmes solaires. Chaque bond devrait être assez court, à l’exception du premier, qui devrait durer près d’un mois.

On décolle demain matin, à la première heure.

par Damien Allemand

Balt Cairn : Dimanche 19 Juin 2185

Bref ! Résumons la situation. On sait où ils ont emmené les Kiiknas. Rien ne dit qu’il s’agit là de leur centre névralgique ou de leur système solaire. Rien ne dit que c’est le même endroit où ils ont emmené les humains et les Puus. Et, surtout, rien ne dit que ce soit leur destination finale. Ils ont pu s’arrêter là pour une raison quelconque avant de repartir… Le courrier, ayant détecté une sortie de mode replié, s’est détaché et est rentré. Mais, si ça se trouve, il n’y a rien, là-bas… Enfin… C’est ce que je me dis pour me rassurer… Les autres, Namgou et les Kiiknas veulent aller voir ce qu’il y a… Moi, je ne suis pas un soldat. Juste un voyageur solitaire… Enfin… Solitaire… De moins en moins, au rythme où ça va !

Je voulais juste voir les étoiles d’un peu plus près. Juste gouter un peu à la voie lactée. Juste voir si nos amours perdues vont vraiment rejoindre le ciel.

Je me retrouve au milieu d’un space opéra façon Guerre des Etoiles ou Star Trek… J’aime pas trop la tournure que cette histoire est en train de prendre !

J’aurais peut-être dû rester sur CL1… ? Et pourtant, quand je regarde le ciel étoilé, seul dans le poste de pilotage, alors que tout le monde dort encore, je ne peux m’empêcher de ressentir cet appel que j’ai ressenti la première fois que, encore tout gamin, j’ai ouvert ma fenêtre un soir pour fermer tout seul, comme un grand, mes volets. Depuis ce soir, je n’ai plus jamais raté ce rendez-vous avec mes amies scintillantes, plongeant mon regard d’enfant dans ce que l’univers a de plus mystérieux. Aller voir… Là-bas… Tout là-bas… Voir s’il y a un autre enfant qui, lui aussi, lève les yeux au ciel dans ma direction.

Je suis resté trop longtemps sur la planète Kiik. Je ne suis pas un botaniste. Je ne suis pas un exobiologiste. Je ne suis pas un colon. Je suis juste un voyageur. Celui qui met un pied devant l’autre pour voir comment c’est ailleurs. Et puis va voir un peu plus loin. Toujours plus loin.

D’un côté, j’ai la trouille. D’un autre, des fourmis dans les pattes… De toute façon, je ne peux plus rester là. Plus rien ne me retient sur cette planète. Et je ne suis pas fait pour me poser quelque part. Je dois avancer. Alors dans cette direction ou dans une autre ? Quelle importance ? Rien ne dit que ce sera moins dangereux ailleurs…

par Damien Allemand

Balt Cairn : Vendredi 17 Juin 2185

Bon… J’ai réussi à décoder le trajet du courrier… Je m’y suis repris à trois fois pour revérifier manuellement tous les calculs tant c’est curieux. Le courrier n’a mis qu’une semaine pour faire l’aller et… quatre mois pour le retour ! Alors que je ne l’ai envoyé qu’il y a trois mois… Il a dû y avoir une déformation spatio-temporelle que je ne m’explique pas. J’ai pensé à un trou noir. Peut-être est-il passé à côté d’un trou noir qui aurait déformé son temps propre, mais, à ce que je comprends de la théorie des trous noirs, cela aurait dû avoir un effet inverse, ralentir son temps propre et pas l’accélérer !

Je suis perplexe… Ce qui est certain c’est que les envahisseurs ont mis une semaine pour faire ce que mon courrier, avec la technologie combinée des humains et des Puus, a mis quatre mois à parcourir ! Ils ont une sacrée avance technologique, ces gars-là !

Quoi qu’il en soit, avant de rentrer, il a fait des relevés stellaires qui m’ont permis de savoir précisément où il se trouvait. Ce n’est effectivement pas la porte à côté. Ca se rapproche un peu du centre de la Galaxie, dans une zone assez dense en étoiles.

Je ne sais pas encore ce qu’on va faire de ça. Mais, pour commencer, je vais préparer un courrier avec toutes ces infos et je vais l’envoyer vers la Terre. Après, on verra…

par Damien Allemand

Dennis Jainoa : Jeudi 16 Juin 1932

Nous avons quitté notre chère planète il y a deux jours. Triisk et moi sommes les premiers Kiiknas à voyager dans l’espace ! Quelle étrange sensation que l’apesanteur… On se sent si léger, comme dans un rêve. Et, pourtant, tout est réel. Bon, je dois reconnaitre qu’on a un peu été malade… Mais, maintenant qu’on est posé sur Sélène, et qu’on a retrouvé un peu de gravité, c’est plus facile à supporter. Le Terrien Balt et la Puus Namgou sont très aimables et se sont bien occupés de nous pendant ces deux jours qu’on a mis à s’habituer à l’espace.

Notre chère planète Kiik est si belle vu de l’espace. C’est une magnifique boule bleu et verte partiellement recouverte de magnifiques rubans de nuages blancs cotonneux. Elle brille si joliment dans l’écrin que lui fait cet obscur ciel étoilé.

Je ne sais pas trop où cette aventure va nous mener mais je sens que cela va être trépidant !

par Damien Allemand

Balt Cairn : Mercredi 15 Juin 2185

Le courrier est revenu hier. Je l’ai immédiatement mis à décoder sur l’ordinateur de bord. Ayant encrypté ses informations, cela va me prendre environ un jour ou deux pour décoder son trajet… Toutefois, son aller-retour ayant donc pris environ trois mois, cela donne une idée de la distance qu’il a parcourue. Quoi que… Je ne sais pas si la technologie employée par les envahisseurs leur permet d’aller plus ou moins vite que la technologie à ma disposition… Mais, au moins, on sait qu’ils sont à moins de trois mois via un saut en repli spatio-temporel.

Par sécurité, nous avons immédiatement quitté la planète, pour éviter de se faire prendre s’ils revenaient ou s’ils avaient, par un moyen ou un autre, réussi à tracer le courrier, bien que je n’ai trouvé aucune modification dans le courrier qui puisse laisser croire à un traçage, mais on ne sait jamais !

On est donc, actuellement, à l’ombre d’un profond cratère de la plus grosse des deux lunes de la planète des Kiiknas. D’ailleurs on s’est mis d’accord pour qu’ils se joignent à nous. L’explorateur Dennis Jainoa a insisté pour faire partie de l’expédition. Le deuxième de leurs ambassadeurs se nomme, approximativement, Triisk Kook. Il est un de leurs meilleurs experts en micro-bio-chimie. Ils veulent se rendre utile dans l’éventuelle récupération de leurs congénères. Toutefois, aujourd’hui, je ne me sens pas l’âme d’un héros. Je ne me suis pas lancé dans cette aventure pour me retrouver dans une expédition commando au sein d’une guerre interstellaire ! D’un autre côté, les sponsors qui m’ont aidé à construire le Colombus attendent de moi que je fasse bonne usage de leur investissement. Je me sens un peu responsable vis à vis de mes congénères et si je peux, dans la mesure de mes maigres moyens, donner un coup de main quelconque qui puisse aider à leur récupération, je me sentirai un peu plus utile…

par Damien Allemand

Balt Cairn : Dimanche 12 Juin 2185

Les travaux de reconstruction de leur ville ont très vite progressé. Avec notre aide pour déblayer les gros dégâts, transporter de grandes quantités de ressources et remettre debout leurs plus grosses structures, ils ont rapidement pu commencer les micro-reconstructions et micro-développements. Leur technologie est vraiment fascinante. Je comprends mieux maintenant pourquoi leurs constructions ont des formes arboricoles. Non visibles à l’œil nu, ces micro-organismes génèrent les surfaces en se reposant sur les éléments inférieurs, développant ainsi des structures plus larges à leur base et allant en s’affinant mais aussi en se ramifiant au fur et à mesure qu’elles montent. Ainsi, des bâtiments de plusieurs dizaines de mètres se construisent presque à vue d’œil en quelques jours, comme des arbres qu’on verrait pousser.

Chateau dans le ciel 01 Mai 2016Un de leurs experts s’est proposé pour travailler avec nous pour réparer les drones détruits. Ils ont analysé leurs structures et ont programmé leurs micro-machins qui ont reconstruit en quelques secondes toute la coque des drones. Pour l’électronique, à l’intérieur, ça m’a pris un peu plus de temps pour remplacer les composants qui ont été rongés.

Notre collaboration technologique semble particulièrement productive. Je me demande si on ne pourrait pas envisager de partir ensemble à la recherche de nos disparus…

par Damien Allemand

Dennis Jainoa : Vendredi 10 Juin 1932

Cela fait bientôt une semaine que je loge dans leur « vaisseau spatial », comme ils l’appellent. Il parait même qu’il a un nom : « Colombus ». Je n’ai pas trop compris ce que cela voulait dire. Je crois que le nom vient d’un mélange entre deux noms, celui d’un explorateur de leur planète et d’un oiseau symbole de paix…

A ce que je comprends aussi, ils ne sont pas originaires de la même planète, il est vrai qu’ils sont physiquement très différents. L’un est entièrement couvert d’une fine pilosité alors que l’autre n’en a presque pas. L’un a des oreilles pointues alors que, pour l’autre, elles sont arrondies.

Bref, je me suis installé ici. Ils m’ont offert une cabine. Depuis on apprend les uns des autres. Je découvre que leur nourriture, une fois broyée et diluée, m’est comestible. Eux, ils mangent leurs aliments non broyés, car ils ont des dents, comme certains animaux. Cela semble tellement primitif de devoir ainsi broyer la nourriture soi-même, alors qu’ils sont technologiquement plus avancés que nous.

Quoique… Il semblerait que notre technologie de bio-chimio-organismes les dépasse complètement. Je dois avouer que, pour moi aussi, elle me dépasse plus qu’un peu… Ce n’est pas ma spécialité ! On va faire venir un spécialiste avec un peu de matériel. Il pourra nous préparer d’éventuelles solutions microbiochis selon les besoins. En échange, nos nouveaux amis se sont proposé de nous donner un coup de main pour reconstruire notre ville. Depuis deux jours, ils font des allers-retours pour emmener du matériel, soulever de lourdes charges et aider à reconstruire des bâtiments.

Je vais continuer à rester avec eux pour quelques temps. Je pense que cette coopération sera très enrichissante pour nos deux civilisations.

par Damien Allemand