Balt Cairn : jeudi 27 Octobre 2185

Cela fait deux jours qu’on visite les couloirs sombres et glauques de cette base abandonnée. Il y a de nombreuses pièces, où s’entassent des caisses de matériel dont on n’a pas la moindre idée de l’utilité, des ordinateurs qu’on ne saurait même pas allumer. On a ainsi avancé jusqu’à une sorte de petit hangar où étaient rangés contre le mur toute une collection de scaphandres, les mêmes que ceux des envahisseurs. Inutile de dire que Namgou et moi avons sursauté quand ces sinistres figures sont brusquement apparues dans le faisceau de nos lampes. Figés de terreur pendant quelques secondes, ne voyant aucun mouvement de la part de ces monstres, on s’est finalement approché pour les examiner de plus près.

Peut-être pourrait-on en savoir plus sur leurs points faibles, si on pouvait examiner comment ils s’alimentent, quel est la composition de l’air qu’ils respirent, quelle est leur anatomie… On tritura un moment l’un de ces scaphandres pour trouver comment ils s’ouvrent, jusqu’à ce que, nouvelle frayeur, Namgou projette le faisceau de sa lampe dans la visière : deux yeux nous regardaient fixement ! L’individu était encore à l’intérieur ? Il ne nous fallut pas beaucoup de temps pour comprendre que ce n’était pas deux yeux mais deux caméras. Le scaphandre n’était pas un scaphandre mais une machine, un robot. Les envahisseurs nous envoyaient des robots ?! Ou bien… Les envahisseurs étaient des robots… ?

Il fallait en avoir le cœur net ! Par chance, j’ai une experte des civilisations disparues avec moi… Se tournant vers les ordinateurs de la salle, elle les examina méthodiquement, comme on le lui avait appris à l’école. Il se trouve que, pour ce genre de machine, le fonctionnement à l’électricité est une constante universelle. Si certains humains ont, un jour lointain, envisagé de concevoir des ordinateurs mécaniques, ils se sont vite rabattu sur l’électricité et l’électronique et il en va ainsi de toutes les civilisations connues des Puus qui aient dépassé l’ère industrielle, même si, à l’exception des humains et des Kiiknas, ils ont tous disparu. La règle est simple : trouver par où l’électricité rentre. Ensuite, trouver le bon voltage, grâce à un outil qu’ils ont mis au point. Puis l’alimenter. Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, la machine ne donne aucun signe de vie, ses composants s’étant trop détériorés. Mais heureusement, ici, on est dans les conditions idéales de conservation : peu de rayonnement solaire, car loin et sous terre, pas de gaz pour oxyder les éléments métalliques, pas de poussière, une température proche du zéro absolu… On n’aurait probablement pas eu autant de chance si on avait examiné une base sur la planète où l’atmosphère, les poussières, l’humidité, le rayonnement du double astre solaire, les micro-organismes voire les plantes ont dû fortement détériorer ce genre de machine.

Dès son premier essai, après, certes, une demi-heure d’analyse minutieuse de l’objet, un peu comme un archéologue dépoussière, avec un petit pinceau, une antiquité enterrée, elle alluma la machine. J’aurais presque sauté au plafond si je n’avais pas rapidement été refroidi par le défilé incessant de symboles dont ni moi, ni Namgou n’avions la moindre idée de la signification… Mais, j’imagine que, pour elle, ce n’est que de la routine… Imperturbable, elle enregistrait avec une caméra tout ce qu’affichait l’écran. Elle essayerait, plus tard, de le décoder, peut-être… Ou pas… Quand l’affichage se figea, commençait la partie la plus dure, celle qui n’est dans aucun cour d’archéologie spatiale : interagir avec la machine ! Du tâtonnement, du pif au mètre… Bien sûr, il n’y avait pas de clavier ! Ecran tactile ? Ca n’allait pas être facile avec la combinaison… Mais apparemment non. Namgou bougea les mains devant l’écran et il réagit comme s’il détectait le mouvement. Les objets, à l’écran, se déplaçaient, s’activaient. Les documents s’ouvraient, se fermaient… « Plus une civilisation est avancée, plus elle est capable de concevoir des interfaces simples et ergonomiques », m’expliqua-t-elle. Activant un autre ordinateur elle m’en confia la responsabilité de trouver ce qu’il avait dans le ventre. Muni d’une petite caméra à l’épaule, je filmais toutes mes explorations. Textes, images, vidéos, programmes… Il s’agissait de récolter le plus d’information possible. On chercherait à comprendre plus tard quand on en aurait le temps. On passa ainsi des heures, toute la journée d’hier, à collecter des infos dans tous les ordinateurs du hangar aux robots, ainsi que dans les autres salles.

Couchés tard hier soir, on a décidé de repartir vers le Colombus aujourd’hui. On devrait avoir environ deux jours de marche pour retrouver notre chemin vers la sortie, si on ne se perd pas… On partira dès que Namgou sera réveillée.

En attendant, je regarde les vidéos qu’on a trouvées et je crois que je comprends… On y voit des robots au service d’individus extra-terrestres. Sur d’autres on voit ces mêmes robots agresser ces mêmes individus. Ils ont dû développer ces machines pour les servir, mais celles-ci ont pris le pouvoir… Un fichu bug !

 

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par Damien Allemand

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