Weldon Alavie : Samedi 15 Avril 9995

Le silence c’est ce qui précède l’écho de mes pas dans les sombres couloirs vides de l’abri. Le silence c’est ce qui suit le bruit d’un objet tombé par terre, quand ce maigre son s’est enfuit dans une lointaine caverne. Deux mois que le dernier est entrée en hibernation, enfin, la dernière, ma chère, ma tendre, ma douce Illora. Dans quelques jours, ce sera mon tour, de dormir, dormir pour une durée indéterminée. Encore une fois, comme je le fais depuis des années, j’ai tout vérifié. Tous les systèmes fonctionnent à la perfection, pas la moindre déviation, jusqu’à la onzième décimale. Il faut bien ça si on veut tenir les quelques millions d’années qu’on va devoir attendre. Attendre le retour de ceux qui sont partis et qui n’ont pu nous emmener. Espérons que, dans ces millions d’années, ils se rappelleront encore de nous et penseront à revenir nous chercher, quand notre terrible soleil aura fini de dévorer la surface de notre planète et sera devenu une inoffensive naine blanche.
Sur les caméras externes, on voit les premiers effets de notre soleil agonisant. L’atmosphère a commencé à se raréfier. Les oiseaux tombent. Les animaux agonisent sous la chaleur. La végétation tente pourtant de s’emparer de nos bâtiments abandonnés depuis des décennies, maintenant, formidables échelles vers la lumière qu’elle recherche, cette même lumière qui va bientôt la dévorer. Je ne serai plus là pour voir ces plantes et ces immeubles se faire lécher par les langues infernales de celui qui était pourtant la source de notre vie, jusqu’à aujourd’hui. Ils ont probablement encore quelques milliers d’années devant eux. Moi, je dormirai, depuis longtemps, d’un long sommeil sans rêve…
Puissent-ils se rappeler de nous… Puissent-ils revenir nous réveiller… Sinon nous dormiront éternellement ! Enfin, pas tout à fait… Il arrivera un jour, dans quelques dizaines de millions d’années, où le noyau de cette planète sera trop refroidi pour nourrir nos machines. Alors celles-ci s’arrêteront et notre sommeil sans rêve se transformera en un sommeil éternel d’où personne ne pourra plus jamais nous sortir. Mais n’y pensons pas. Gardons la foi ! Ils viendront un jour nous réveiller. Et je retrouverai ma chère Illora, mes enfants, mes cousins, mes amis… Pour eux, comme pour moi, nous n’aurons l’impression que de s’être quitté la veille, alors que des millions d’années se seront écoulées !
Sur ces pensées je vais manger une de mes dernières rations, lire un peu et m’offrir une de mes dernières nuits de sommeil avant le grand plongeon. Demain je commencerai à préparer mon caisson.

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par Damien Allemand

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