Tina Johnson : Samedi 27 Mai 2186

Ca fait bientôt une semaine que je suis sur la planète des Kiiknas. Ils me parlent comme s’ils espéraient que je comprenne leur charabia fait de « krrik », « tiktikkiti » et autres « nark nark »… Ils me fatiguent. Ils sont sympas, mais fatigants ! J’ai bien essayé de demander à AMAR de me traduire, mais, malheureusement, elle n’a pas récupéré l’outil de traduction mis au point par l’AMAR du Colombus. Je crois que je ne vais pas m’attarder plus que ça par ici. Je vais aller dans la direction où est parti le Colombus, en faisant des sauts d’étoile en étoile en essayant de suivre la logique de Balt, je tacherai de retrouver sa trace.
Ah… J’oubliais. J’ai essayé d’enlever la pierre au bistouri laser, mais sans succès. La peau autour de la pierre cicatrise immédiatement après le passage du bistouri. Je vais devoir m’y habituer.

par Damien Allemand

Balt Cairn : MerJeudi 25 Mai 2186

Je suis vivant !!!! Euh… Non. Pas là. A droite. Enfin, devant ou dessus… Je sais plus. Après ! Oui, c’est ça ! Après. A moins que ça soit avant ? Dans quel sens ?

par Damien Allemand

Dennis Jaïnoa : Mardi 23 Mai 1933

Il est venu nous rejoindre. Sorti de son antre où il dormait depuis des millions d’années, il a fait ses premiers pas sur sa planète. Ecorchée par le feu du soleil qui a complètement dévoré sa surface, il observa pensivement ce sol lisse, complètement vitrifié où il vécut. Il n’y avait plus rien. Il revint vers le Colombus et pénétra dans le sas.
Il eut du mal à y faire rentrer son corps rond posé sur un seul pied. Mais, avec un peu d’effort, il nous eut vite rejoint. Si dans l’antre, il se déplaçait en rampant sur son unique pied, sa combinaison était équipée d’une propulsion antigravitationnelle qui le faisait flotter tel un fantôme.
On discuta un long moment. Il nous raconta son histoire. On lui raconta la nôtre. Il nous proposa son aide en échange de la nôtre. Il nous fournirait de sa technologie, tout ce qu’il pourrait nous apporter, à commencer par des combinaisons spatiales adaptées à notre morphologie. Il voudrait qu’on l’aide à explorer son antre pour comprendre ce qu’il est arrivé à son peuple.

par Damien Allemand

Balt Cairn : Dimanche 21 Mai 2186

Tout est fluide. Formes et fluides. Delilah. Tu « vis » là depuis tout ce temps. Mais il n’y a plus de temps. Ou plutôt si. Il est juste devenu une autre direction. Il y a la droite, la gauche, le devant, le derrière, le dessus, le dessous, l’après et l’avant. Et je crois qu’il y a encore d’autres dimensions. Il y en a d’autres, je suis sûr. Où ?

par Damien Allemand

Tina Johnson : Samedi 20 Mai 2186

Aaaaaaaaaaah ! Je suis encore vivante !!! Enfin, presque… J’ai été malade pendant deux jours. Mais malade à un point que j’ai cru que j’allais en crever ! Dehors, les sensations étaient horribles. J’avais l’impression d’être étirée dans tous les sens, ce à quoi se mélangeaient des perturbations spatio-temporelles : j’avais l’impression que le temps bégayait et que certaines choses se passaient plusieurs fois ou que je sautais des étapes, comme si ce que j’avais l’intention de faire devenait, l’instant d’après quelque chose que j’avais déjà fait ! Mais, avec une énorme volonté, j’ai réussi à rejoindre la tubulaire et, effectivement, il y avait un problème, un objet coincé entre deux protections bloquant la réconciliation organique de lames de protection. Je l’ai retiré et les lames se sont rassemblées. Je me suis empressée de rentrer à l’intérieur pour vomir tout ce qu’il était possible de vomir. J’imaginais pas qu’on pouvait vomir non-stop pendant deux jours sans avoir pourtant rien mangé ! Et puis ce fut les vertiges, les hallucinations… Je ne sais pas comment je fais pour être encore vivante aujourd’hui, mais il s’avère que je le suis ! Je n’ai quasiment pas de souvenir de ce qu’il s’est passé pendant ces deux jours à part des souvenirs que je n’arrêtais pas de vomir, que j’avais mal partout et que tout autour de moi changeait de forme, d’apparence et de couleur… Mais, hier, je me suis réveillée avec une foutue gueule de bois, et l’impression d’être presque normale. J’ai enchainée les siestes et les perfusions alimentaires. Presque normale. Oui, il y a un truc qui a changé chez moi. Ca pourrait être ce caillou, mais je crois qu’il y a autre chose. Oui, le caillou… Le truc que j’ai trouvé coincé sur la coque. J’ai dû le garder dans la main pendant tout mon délire et le serrer tellement qu’il s’y est incrusté ! Une petite pierre, une forme ovale d’un centimètre et demi sur un centimètre, brillante comme une émeraude. Il est incrusté dans ma paume et je ne parviens pas à l’enlever. Il faudra que je l’attaque au bistouri. Mais il y a autre chose. Je sais pas encore quoi, mais j’ai l’impression que je sens autre chose. Je crois que je vais retourner me reposer un peu. Je verrai ça plus tard. Je sors du repli demain et il faut que je sois en forme, des fois qu’il y aurait encore des problèmes.

par Damien Allemand

Weldon Alavie : Jeudi 18 Mai 9995

Je communique enfin avec cet objet étranger qui s’est introduit dans notre sanctuaire. Il prétend ne rien savoir de ce lieu et ne pas être envoyé par nos descendants. Il y aurait un appareil, hors du sas, qui m’attend. Leur atmosphère est très similaire à la mienne, mais les créatures qui y vivent n’ont pas de combinaison et ne peuvent pas sortir me rejoindre. Curieux de voyager dans l’espace sans avoir les moyens de faire des sorties extravéhiculaires ! Je vais mettre une combinaison et aller les voir. Peut-être sauront ils m’en dire plus sur ce que sont devenus mes camarades. En effet, j’ai pu trouver dans l’ordinateur du sanctuaire des informations sur une défaillance pour tous les caissons, sauf le mien. Je suspecte un problème d’isolation du sanctuaire et des rayons solaires auraient balayé tout le système sauf mon caisson se trouvant, en tant que gardien du sanctuaire, à part. Mais le système confirme qu’ils sont tous sortis vivants de leur caisson. Que sont-ils devenus ensuite ?! S’ils étaient morts, j’aurais retrouvé leur corps et ils n’ont pas pu partir en pleine tempête solaire. Aucun appareil n’aurait pu résister aux rayonnements qui balayaient la planète à ce moment-là…

par Damien Allemand

Balt Cairn : Mercredi 17 Ma.. 2186

Ca commence à devenir plus clair dans mon esprit. Namgou m’aide à concentrer mes pensées. Delilah est là, elle aussi. Je l’ai enfin retrouvée ! Enfin, je crois. Je crois que c’est elle. Enfin, je suis pas sûr. En fait, je ne suis pas sûr d’être moi.

par Damien Allemand

Tina Johnson : Mardi 16 Mai 2186

Pu… de bo… de M ! Quoi ?! Non, AMAR, je ne jure pas… Enfin, si, un peu… Mais merde, quoi ?! Il y a de quoi être énervée, non ! Défaillance d’une protection tubulaire sur la propulsion arrière tribord. Et le système de réconciliation organique qui refuse de réparer ! Je suis en plein repli à environ cinq jours de la sortie du repli ! J’ai le choix entre supposer qu’il ne s’agit que d’une défaillance du capteur, ce qui expliquerait le non-fonctionnement de la réconciliation organique, ou un corps étranger qui se serait coincé là-dedans. D’où pourrait venir ce corps étranger ?! En plein espace replié ? Y a rien dans un repli. Enfin, pas qu’on sache… Serait-ce un message dans une bouteille envoyé par l’UI du technocentre d’Hypérion ? Ok, j’arrête de délirer. Peut-être, plus réalistiquement, un objet qui était là avant le repli et qui aurait bougé entre temps, possible. J’ai donc le choix suivant : ou bien je considère qu’il s’agit d’une défaillance d’un capteur et émet l’hypothèse qu’il n’y a pas de problème et, si je me trompe, j’explose au moment de la sortie du mode replié, ou bien j’enfile ma combinaison et tente une sortie extravéhiculaire dans l’espace replié, ce que personne n’a jamais fait avant et qui m’a toujours été formellement interdit car on n’a aucune idée de ce qu’il y a dans l’espace replié… A part des rayonnements magnéto-gravitationnels sur lesquels la coque de l’Amerigo a été conçue pour surfer, mais pas ma combinaison…
A29-janvier2016ico
Ce serait comme essayer de passer ses doigts entre une orange et un presse-agrume en pleine action avec juste un gant de vaisselle comme protection. Faudrait être vraiment chanceux pour espérer ressortir ses doigts. Et je ne peux pas envoyer de drone car l’espace replié absorbe les ondes électromagnétiques. Une fois dehors, je perdrais tout contrôle sur le drone et n’aurai aucun moyen de communiquer avec lui. Il serait lui-même perdu et incapable de se localiser ou de faire quoi que ce soit.
Tout ça pour dire que j’ai décidé d’y aller voir – enfin, « voir », je devrais dire palper, car pas d’onde électromagnétique signifie pas de lumière : pas la peine de s’encombrer d’une lampe de poche, elle ne produirait aucune lumière – et d’essayer de réparer le problème… Je vais juste espérer que mes doigts seront assez fins pour se faufiler entre les lames du presse-agrume pour en ressortir.

par Damien Allemand