Dennis Jaïnoa : Jeudi 29 Juin 1933

Etape suivante. Ils ont ouvert les yeux. Difficile de dire s’il y avait une quelconque intelligence derrière ce regard, mais ils ont ouvert les yeux. Pas très longtemps. Quelques secondes à chaque fois, ils regardent à droite et à gauche, à travers le fluide de leur cuve, le regard un peu vague. Puis les paupières clignent et ils se rendorment. D’après la machine, ils ne sont pas encore assez stabilisés pour être sortis. Alors on veille, on attend…

par Damien Allemand

Tina Johnson : Mardi 27 Juin 2186

Perplexe. Songeuse. Je sirote mon chocolat chaud en regardant pensivement une planète de glace. Comme un gros diamant qui fait scintiller la cabine de feux multicolores. En temps normal, j’aurais fredonné une quelconque chanson disco… Hmmm Daddy Cool… She’s crazy like a fool… What about it Daddy Cool… Bof… Ca vient pas. Je sirote pensivement mon chocolat chaud. Un peu vaseuse. Comme sur un nuage. L’absence de gravité dans c’te boite de conserve, ça aide pas à revenir dans le réel.
Je suis sortie du mode replié, mais je ne m’en suis toujours pas remise. J’ai papoté avec Balt. Ouaip. Lui-même. Enfin, je crois. C’est ce que mon esprit vaseux m’a dit. Il était mort et moi je parle avec les morts. Rien que du très normal, quoi… Là, j’ai l’impression que ça va mieux. Il est parti. En tout cas, j’ai perdu le contact. Et ce truc qui me gratte. La pierre, là, dans ma main. Des fois, ça démange, docteur. C’est grave ? Mais non, mademoiselle, c’est tout à fait normal ! Au début, ça fait ça et puis ça passe. Vous allez voir. C’est rien du tout. Tout le monde en a une, maintenant ! C’est très commun, vous savez ! Faut s’y faire, mais, vous allez voir, après on y prend goût. C’est super cool ! On papote avec les morts. On voit des fantômes et plein de trucs bizarres. C’est super fun ! Et, vachement tendance ! C’est bien simple, quand on y a gouté on ne peut plus s’en passer !
Ah ouais ?! Ah… Ok… D’accord… Suis quand même perplexe, si vous me permettez, docteur…

par Damien Allemand

Balt Cairn : Dimanche 25 Juin 2186

Je vois mon corps. Je me sens si léger. Je me vois allongé dans une machine bizarre. Mon corps est plongé dans un liquide jaune fluorescent. Des tubes, qui semblent vivants comme des serpents, s’animent et pénètrent par mes différents orifices. D’autres semblent sucer ma peau un peu partout comme des sangsues affamées. Et moi, je suis si léger. Je flotte au-dessus de cette scène comme un nuage. Ou, plutôt, comme un cerf-volant, car une sorte de cordon semble s’être formé entre moi et mon corps. Je ne saurais pas le décrire. Je ne saurais pas dire ni sa forme, ni sa couleur, mais je me sens connecté à ce corps. Namgou est là, elle aussi. Elle m’explique qu’il va falloir retourner dans nos corps. C’est un peu difficile. Il ne faut pas se rater car le lien qui nous unit est très fragile et un rien pourrait le briser. On se retrouverai alors définitivement errant. Le corps reviendrait alors à un état végétatif et se reconstruirait alors une autre âme. Elle me montre comment on utilise ce lien, comment on le renforce, comment on entre en résonnance avec et comment il va falloir faire pour l’utiliser et remonter jusqu’à son corps. Je me sens si léger. Avant je ne sentais rien. Mais maintenant, je commence à sentir des trucs. J’entends. Je vois les Kiiknas qui s’animent et parlent. Je ne comprends rien de ce qu’ils disent mais je les vois et je les entends. Je me sens si léger et pourtant si fort. Plus fort qu’avant. C’est comme si je sentais des muscles surdimensionnés mais invisibles qui me donneraient des pouvoir de super-héros. Je voudrais bien essayer de faire bouger des objets, juste pour voir, juste pour rire. Mais Namgou me dit de faire attention, je suis trop fragile, ça pourrait briser mon lien. Je suis si léger. Delilah aussi est là. Si on avait des mains, je dirais qu’elle me tient la main. Si on avait des bouches, je dirais qu’on s’embrasse. Elle est là pour me dire au revoir. Déjà je me sens un peu différent. Elle me parait de plus en plus transparente. Elle semble disparaitre. Je change de dimension. Je retourne dans une dimension où elle n’est plus. Au revoir, mon amour. On se retrouvera. Je te le promets. On se retrouvera à l’étoile la plus lointaine…

par Damien Allemand

Dennis Jaïnoa : Vendredi 23 Juin 1933

Leur cœur bat à nouveau ! Weldon nous a avoué avoir réanimé accidentellement Balt et Namgou… Il les a mis dans une cuve d’hibernation. La machine a analysé leur physiologie et, s’adaptant, elle est entrée en « résonnance » avec leur système. Il a voulu l’arrêter pour les ramener dans la soute du Colombus, et elle a effectué une réanimation. Leur cœur a alors redémarré. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Vont-ils réellement revenir ou rester dans un état végétatif ? On est devant leurs caissons et on attend.

par Damien Allemand

Tina Johnson : Mercredi 21 Juin 2186

« Tina ! Ecoute-moi ! Prend notre message et repars ! » « Tina, c’est dangereux ».
Je fais des rêves bizarres en ce moment. Le mode repli ne m’a pas éloignée de mes hallucinations. Balt me parle en rêve et me dit des trucs bizarres… Je sors dans quelques jours. Espérons que tout ceci finisse par s’arrêter parce que ça commence sérieusement à me taper sur les nerfs !
Merde ! Je vais me faire un gâteau au chocolat, une balade virtuelle en montagne à vélo et puis un film.

par Damien Allemand

Balt Cairn : Lundi 19 Juin 2186

Les Français parlent aux Français ! Tina ! Ecoute-moi ! Prend notre message et repars ! Ne traine pas.
Ici, les âmes perdues du purgatoire ont trouvé un chemin vers l’enfer. Ils sont descendus dans des galeries qu’ils ont creusées et vivent maintenant auprès du feu des enfers. Namgou et moi, nous sommes couchés dans leurs lits abandonnés. Je ressens comme une immense fatigue. J’ai envie dormir. Comment peut-on avoir sommeil quand on est mort ? D’après Namgou, c’est parce qu’on n’est plus tout à fait morts. Pourtant, Delilah est là. Elle s’allonge auprès de moi, m’enlace et m’embrasse. « Dors, mon grand explorateur. Dors. Repose-toi. Tu as encore beaucoup de route à faire. Je reste à tes côtés. »

par Damien Allemand

Weldon Alavie : Samedi 17 Juin 9995

Je crois que mon expérience tourne mal… Enfin, je ne sais pas encore si c’est un mal ou un bien… Les deux individus, dans leur cuve d’hibernation semble réagir au système. Les pierres incrustées dans leur front, une sorte d’excroissance minérale issue de leur os crânien, d’après les radios, se sont mises à briller. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Je vais immédiatement arrêter l’expérience et les ramener dans leur vaisseau… En tout cas, j’ai les infos que je voulais. Les cuves fonctionnent correctement.

par Damien Allemand

Balt Cairn : Jeudi 15 Juin 2186

Ne viens pas ici, Tina, c’est trop dangereux.
Qui est cette Tina ? Je ne la connais pas… Enfin, je crois pas… En tout cas, ici, au purgatoire les âmes cherchent un chemin… Mais, ce que je ne comprends pas c’est qu’elles ne cherchent pas à aller vers le haut, vers la lumière divine. Elles veulent aller vers le bas, vers l’enfer…
Ne viens pas, Tina. Delilah, reste avec moi !

par Damien Allemand

Tina Johnson : Mardi 13 Juin 2186

Oh ! Ras le bol de cette planète de m… Je n’ai pas revu Balt, mais il m’a semblé voir d’autres fantômes. C’est trop flippant ! Je me suis cassée. Je me suis mise en orbite quelques temps. Le temps de manger quelques rollmops et de calculer le trajet vers la prochaine étoile. Je termine ces lignes je lance le repli et je vais me coucher ! Trop bizarres, ces histoires… Ca m’a empêché de dormir et je suis crevée.

par Damien Allemand

Balt Cairn : Dimanche, oui… Dimanche ! Le 11 Juin, même, pour être plus précis. Mais l’année, je ne suis plus trop sûr… Je crois 2186 ou 9995. C’est quand même vachement différent !

Entre les enfers et le paradis, il parait qu’il y a le purgatoire. Ca ressemble à de grands hangars où sont entassés des millions de lits. Les gens sont prisonniers dans ces lits. Et puis une grande lumière divine descend du ciel et vient caresser ces lits, libérant ces pauvres âmes. Les uns après les autres, ils se lèvent. Ils sont comme des fantômes, formes arrondies glissant sur le sol. Ils errent sans trop savoir quoi faire, ni où aller…

par Damien Allemand