Balt Cairn : Jeudi 31 Aout 2186

Cette expédition, si elle était excitante par l’exploration d’un monde tout à fait singulier, commence à devenir pesante et ennuyeuse. Nous n’avons plus découvert de nouvelles espèces étranges depuis des jours. Toujours les mêmes plantes, ces arbres aux fruits explosifs, ces animaux à lampions ou ces méduses arboricoles aux lumières étranges et inquiétantes. On a perdu l’excitation de l’exploration, l’espoir de retrouver les descendants de Weldon. Mais le risque, le danger de ce monde brulant et corrosif est toujours là. On espère sortir de là, vivants, sans blessure grave, d’ici moins d’une semaine, maintenant. On retrouvera la coque rassurante du Colombus. Mais aussi l’intimité de nos cabines. Il faut bien avouer que, depuis notre retour à la vie, Namgou et moi n’avons pas eu l’occasion de passer du temps, seuls, tous les deux, et je sens bien dans son humeur ronchonne, dans sa manière de se frotter contre moi, que cela lui manque… A moi aussi…

par Damien Allemand

Tina Johnson : Mardi 29 Aout 2186

Un, deux, trois… Soleil ! Je joue à cache-cache avec mes passagers clandestins… Oui, je dis bien « mes » et pas « mon ». J’en ai dénombré au moins quatre ou cinq, de formes et de tailles différentes. Je ne me suis pas encore positionnée pour mon prochain saut en espace replié. J’aimerais bien, d’abord, trouver un moyen de les capturer, voire de les éjecter, car je ne me sens pas particulièrement en sécurité avec ses créatures bizarres à bord… Donc, je me donne quelques jours pour les étudier, comprendre comment ils se déplacent, ce qui les attirent ou les repousse, voire parvenir à interagir avec eux.

par Damien Allemand

Weldon Alavie : Dimanche 27 Aout 9995

Nous progressons bien dans cette nature sombre et hostile. Dans une semaine, on devrait en voir le bout. A chaque fois que nous croisons des ruines, je ne peux m’empêcher de les explorer pour essayer de trouver quelque chose. Mais c’est à chaque fois, en vain. Alors je rumine. Je commence à avoir la conviction d’être le dernier survivant de mon espèce. C’est extrêmement troublant, un terrible poids qui pèse sur mes épaules. Nous chercherons ce que sont devenus ceux qui sont parvenus à fuir, mais je ne suis pas plus rassuré de ce côté-là. En effet, s’ils étaient parvenus à reconstruire une civilisation quelque part ailleurs, pourquoi ne sont-ils pas revenus nous chercher ?
Que devrais-je faire si je découvre que je suis effectivement le dernier survivant ? Comment partager ce que je sais de notre culture pour que celle-ci, au moins, ne disparaisse pas ? Ces gens qui m’ont trouvé, sont peut-être ma seule chance de laisser une trace de notre passage dans cette galaxie… Grâce à notre coopération, ils ont pu me redonner vie et apprendre ma langue. Il semblerait qu’ils soient mon seul espoir de ne pas disparaître complètement.

par Damien Allemand

Tina Johnson : Vendredi 25 Aout 2186

Courage… Fuyons ! J’ai finalement quitté cette étrange planète. Je crains toutefois d’avoir emmené avec moi une ou deux de ces créatures immatérielles. Elles ne m’ont montré aucune agressivité. Sur leur planète, j’ai pu les voir se dévorer entre elles ou consommer des végétaux, mais il semblerait qu’elles ne me considèrent pas comme de la nourriture. Du moins, pas encore… Il faut bien avouer que je ne suis pas totalement tranquille. Le temps que je me positionne pour le prochain saut, je vais essayer de les localiser. Si je peux, d’une manière ou d’une autre les confiner quelque part, voire m’en débarrasser, je me sentirai mieux.

par Damien Allemand

Balt Cairn : Mardi 22 Aout 2186

On ne cherche plus à explorer. On s’est résolu à l’idée de rentrer au Colombus. On en parle avec Weldon. Il va nous suivre et quitter sa planète avec nous. Il n’y a plus rien qui le rattache ici. Il a quelques idées sur l’endroit où ses compatriotes ont pu aller. On ira d’abord récupérer notre sonde, qui, maintenant, doit être suffisamment loin du système où on l’a lâchée pour ne pas risquer de se faire prendre une deuxième fois. Ensuite on ira voir si on retrouve les descendants de ses compatriotes.
Mais bon… Chaque chose en son temps. Sortons de cette jungle souterraine, d’abord !

par Damien Allemand

Tina Johnson : Samedi 19 Aout 2186

« To be or not to be? » Qu’est-ce qu’être ? A-t-on la bonne définition de la vie ? Les questions que je me pose aujourd’hui. La planète que je croyais déserte de toute vie, m’a bel et bien l’air habitée ! Depuis une semaine que j’observe ces fantômes, je commence à mieux les comprendre. Certains m’ont l’air de type végétal, fixés au sol. D’autres, que j’appellerai animaux, se déplacent de ci et de là. Ils ont des formes très variées. Une dominante rappelant les calamars ou les poulpes. Ils me paraissent immatériels. Certains sont ainsi parvenus à rentrer à l’intérieur du Colombus. AMAR, d’ailleurs, me prend pour une folle, car elle n’en perçoit pas du tout la présence. Je suspecte que c’est cette pierre dans ma main qui me permet de percevoir ces entités.
A mon avis, il s’agit d’une vie totalement immatérielle, comme s’ils étaient composés exclusivement d’une âme. Ma théorie est qu’il a dû y avoir une vie biologique sur cette planète, à une époque lointaine, mais que les conditions climatiques se sont tellement détériorées que cette vie a disparu, du moins sous sa forme biologique. Mais l’aspect éthérique de celle-ci a persisté et continué d’évoluer. D’où la question que je me pose : la vie est-elle une suite de réaction biochimique qui produirait une sorte de structure immatérielle ou bien c’est cette même structure immatérielle qui est réellement la vie ?
Je suis partagée entre continuer mes observations et fuir au plus vite avant que l’Amerigo ne soit complètement envahi. En effet, si ces structures éthériques sont vivantes, j’imagine qu’elles doivent se nourrir d’une manière ou d’une autre des autres fantômes : elles pourraient alors s’avérer dangereuses pour moi et pour mon jardin ! Je pense que, dans le doute, je ne vais pas trop m’attarder. Et quitter cette planète demain ou après-demain.

par Damien Allemand

Dennis Jaïnoa : Mercredi 16 Aout 1933

La routine de la traversée de la jungle a repris. Ça peut paraître étrange de parler de routine pour une telle aventure. Pour moi, c’est mon métier. Cette jungle a beau être très différente de celle que j’ai pu connaître chez moi, ce sont toujours les mêmes principes : observer, réfléchir, anticiper le danger. Ça ne sert à rien d’être costaux si on ne sait pas repérer et identifier le danger. Le danger, qu’il soit végétal ou animal, qu’il vienne d’en haut ou d’en bas, on acquiert vite les réflexes dans les gestes et dans le regard. Repérer un de ces fruits murs susceptible de tomber et de vous éclater au visage, vous brûlant de sa substance acide.
Savoir se créer un endroit sécurisé pour le repos, consiste, ici, à localiser un ruisseau et l’utiliser pour se creuser une tranchée. Les animaux ne craignent pas le feu mais l’eau les dérange ! Ils peuvent s’arrêter pour boire, mais, éviteront de franchir une rivière ou un ruisseau s’il y a le moindre risque qu’il puisse être éclaboussé. Bien sûr on doit aussi veiller être à une distance suffisante de tout arbre possédant des fruits murs. Ensuite on peut se prendre une « nuit », si tant est qu’on puisse parler de nuit dans cet environnement sans aucun cycle circadien, en se relayant pour veiller. Ce soir, je prends la première veille.

par Damien Allemand

Tina Johnson : Lundi 14 Aout 2186

Wooof ! Wooof ! Et re-wooof ! Je vois de plus en plus de ces fantômes. C’est comme s’ils avaient toujours été là, mais que, au début, je ne les avais pas vus. Et puis, petit à petit, mes yeux s’habituent et commencent à les distinguer de mieux en mieux, comme quand on observe une image lointaine et qu’on met du temps à focaliser. Ils ne sont pas encore très nets, mais je les vois de plus en plus et distingue un peu mieux leurs contours.
Ça ne me met pas très à l’aise, alors je ne sors pas trop. Mais la curiosité aidant, de temps en temps je sors jeter un œil.
Ce qui est certain c’est que je n’en vois aucun dans le système vidéo de l’Amerigo. Il est possible qu’ils ne soient visibles qu’à l’œil nu. Je vais sortir aujourd’hui pour essayer d’en observer d’autres. Espérons que ça n’est pas nuisible !

par Damien Allemand

Balt Cairn : Samedi 12 Aout 2186

Forcément, Weldon est très déçu. On n’a pas retrouvé ses descendants. On ne trouve, non plus, aucune trace écrite. Il faut dire que tout a été très détérioré par les siècles, voire les millénaires. On pourrait continuer d’explorer cet immense monde souterrain, mais on ne trouverait probablement que d’autres ruines similaires à celles-ci. J’ai envoyé les drones dans à peu près toutes les directions. Mais, à part quelques autres ruines comme celles-ci, on ne trouve aucun des descendants de ceux qui se sont un jour installés ici, espérant qu’on viendrait les chercher quand leur soleil aurait cessé sa colère.
On va préparer nos affaires et entamer le voyage retour vers le Colombus.

par Damien Allemand

Tina Johnson : Jeudi 10 Aout 2186

Wooof ! C’était comme un oiseau qui est passé devant moi dans un coup de vent. Sauf que ça ressemblait plutôt à un nuage, une forme floue et peu visible. Au début, j’ai cru à une poussière dans l’œil. Puis, il y en a eu d’autres, si furtifs que je ne suis toujours pas sûre de ce que j’ai vu… Dans le doute, je me suis réfugiée à l’intérieur de l’appareil.
C’est peut-être d’avoir passé la journée dehors, hier, qui m’a tapé sur le système. Je vais refaire un tour aujourd’hui. Je verrai bien si ça recommence. Mais je dois reconnaître que je ne me sens pas très rassurée. J’ai beau me dire que rien ne peut vivre sur cette planète, j’ai comme un étrange pressentiment…

par Damien Allemand