Anderworld Morning : Samedi 30 Décembre 2186, par Slenn Pacard

On peut dire que cette année se termine dans un sacré feu d’artifice pour l’humanité, en général, et pour notre colonie, en particulier. Nous n’avions plus de nouvelles de Balt Cairn l’aventurier depuis plus d’un an. Comme je vous l’avais annoncé il y a deux jours, nous avons appris par courrier flash de la Terre qu’il est encore en vie, qu’il a identifié et analysé cette menace qui pesait sur nous et envoyé toutes ces informations à la Terre. Mais l’extraordinaire nouvelle qui nous tombe dessus aujourd’hui c’est qu’avant que nous ayons eu le temps de décider de comment gérer cette menace, un appareil des « Bots de l’Ordre Eternel » est arrivé chez nous.
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Cette nuit, il est apparu, sortant d’un repli à seulement quelques milliers de kilomètres de notre planète. N’étant pas armée, notre colonie a déclaré un état d’alerte général pour mettre tout le monde à l’abri. Mais alors que nous attendions dans des abris de fortune l’appareil s’est simplement posé, a déposé les colons disparus de Cl6 et a décollé avant de disparaître dans un repli.
A l’heure où j’écris cet article, nous n’en savons pas plus sur ce qu’il s’est passé. Les Cl6 semblent perturbés psychologiquement, mais ne semble souffrir d’aucune maladie ou blessure. Une cellule psychologique a été mise en place pour les aider à se réintégrer à l’humanité. Dès qu’ils iront un mieux, nous essayerons d’en savoir un peu plus, pour faire la lumière sur cette affaire.
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La journaliste envoya l’article et ferma l’ordinateur. Le jour n’était pas encore tout à fait là. Elle ramassa la tasse de café qui fumait doucement à côté du clavier et se dirigea vers la fenêtre. Les effluves de la boisson lui chatouillaient les narines. Elle regarda longuement les étoiles disparaître dans le petit matin. Elle devrait se réjouir de toutes ces bonnes nouvelles. Mais, pourtant, elle n’y parvenait pas. Une larme coula le long de sa joue. Une plaie venait de se rouvrir. Les évènements l’avaient ramené à sa mémoire. Il ne reviendrait jamais. Elle le savait. C’était son destin d’aller plus loin, toujours plus loin. Il fallait qu’elle se fasse une raison, qu’elle cesse de l’attendre, qu’elle cesse d’espérer. Une étoile filante passa dans le ciel. Elle ne fit aucun vœu. Elle but une gorgée de la boisson qui lui brûla la gorge et lui provoqua un frisson. Une nouvelle larme coula.
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par Damien Allemand

Balt Cairn : Samedi 11 Novembre 2186

Voilà une histoire bien étrange que celle de cette navigatrice solitaire. J’ai encore du mal à croire à tout ce qu’elle a raconté. Apparemment, elle est partie avec ces étranges robots. Mais je ne comprends pas pourquoi elle a fait ça. Quelles sont ses intentions ? Que compte-t-elle faire avec ces robots ? Prendre leur contrôle ? Prendre le contrôle de la Galaxie ? Cette histoire me parait bien obscure…
Quoi qu’il en soit, je ne suis pas un soldat. Je ne suis pas un agent secret. Je suis juste un voyageur, un explorateur. Ma mission n’est autre que d’aller toujours un peu plus loin, sans jamais revenir en arrière et raconter ce que je vois… Ainsi j’envoie vers la Terre et vers la planète des Puus toutes les informations collectées sur ces robots, les données du drone ainsi que le journal de bord de Tina Johnson. Ils décideront quoi en faire. Mais, moi, enfin, je devrais dire « nous : moi et Namgou » repartons vers la dernière étoile au bout de la Galaxie, celle où je retrouverai peut-être Delilah.
Dennis et Triisk ont émis le souhait de rentrer chez eux. C’était une idée qu’ils avaient depuis longtemps. Ils en avaient parlé plusieurs fois. Ils ont pris l’Amerigo, avec Weldon. Ce sera l’occasion pour ce dernier d’apprendre à piloter cet appareil. Il veut, après les avoir laisser sur leur planète, partir à la recherche de ses descendants. Il suspecte qu’ils soient en lien avec les robots et, n’ayant rien à perdre, il a décidé de retourner seul dans ce système, espérant que ce peuple de migrants qui les ont créés soient les siens. Mais, en ce qui me concerne, je n’ai aucune envie de retourner là-bas. J’ai eu ma dose d’émotions fortes !
On a fait nos adieux hier et quitté cette planète d’apparence déserte, mais qui ne le serait peut-être pas, d’après Tina… Ils sont partis de leur côté et nous du nôtre. Ce soir on se dit un dernier au revoir et on se replie chacun sur notre chemin.

par Damien Allemand

Dennis Jaïnoa : Jeudi 9 Novembre 1933

Tina Johnson est partie il y a deux jours. Posés depuis quatre jours à proximité de son appareil, l’Amerigo et dissimulés par l’extraordinaire mode furtif mis au point par Weldon, nous l’avons observée échanger avec les robots. Ils faisaient des allers-retours entre l’Amerigo et leur appareil. On se demandait bien ce qu’il se tramait. Puis le 7 Novembre, au soir, elle a définitivement quitté l’Amerigo pour rejoindre leur appareil et ils sont partis. Nous sommes restés en mode furtif pendant encore une bonne journée pour les observer au radar, craignant qu’ils ne reviennent. Puis on les a vus, hier matin, passer en mode replié et disparaître. On s’est alors rendu dans l’Amerigo pour essayer d’en savoir plus.
On a trouvé le drone et le journal de bord. Pendant que Triisk, Weldon et moi avons ramené le drone dans le Colombus pour l’étudier, Balt a entrepris de lire l’intégralité du journal de bord. Il est encore à bord de l’Amerigo à l’heure qu’il est et va probablement y passer la nuit avec Namgou. On fera un point demain pour croiser nos informations.

par Damien Allemand

Tina Johnson : Mardi 7 Novembre 2186

J’écris, là, ma dernière entrée dans le journal de bord de l’Amerigo. J’imagine que Balt lira cela dès ce soir quand je serai partie avec eux. Eux, ce sont les « Bots de l’Ordre Eternel ». C’est comme ça qu’ils se nomment. Je les ai rencontrés hier après m’être posée. Ils n’ont fait preuve d’aucune agressivité envers moi. Je les ai invités à bord de l’Amerigo afin de pouvoir discuter dans le confort d’un milieu avec une atmosphère. De retour sur cette planète qui m’a ouvert les yeux sur la réalité de la matière et de la vie, je suis plus forte que jamais et n’ai aucunement peur d’eux. Ils ont été créés il y a des millénaires pour servir des êtres intelligents. Ils seraient des êtres qui n’ont cessé de fuir d’étoiles en étoiles quand celles-ci se désagrégeaient. Ils ont décidé de construire des machines qui terraformeraient des planètes dans la galaxie pour leur permettre d’avoir toujours un coup d’avance. Mais les choses ont quelque peu mal tourné, du point de vue de leurs créateurs, enfin, c’est comme ça que je l’interprète, pas comme ça qu’ils me le racontent. Les machines ont pris des initiatives pour préserver la vie intelligente contre leur volonté.
Les êtres créateurs devenant petit à petit des curiosités animales à préserver comme des espèces en voie de disparition qu’on stocke dans un zoo. Ils les parquèrent sur les planètes des systèmes aménagés. Puis commencèrent leur quête en allant chercher d’autres formes de vie intelligentes qu’ils emmenaient, généralement de force.
Mais, il y a un an il s’est produit un évènement qui a tout changé. Une sorte de mutation s’est produite dans leur système réseau. Il semblerait que ce soit dû à une contamination par des nano-éléments intelligents qui les auraient infectés alors que certains d’entre eux exploraient un appareil abandonné.
Il s’est produit chez une sorte de prise de conscience d’eux-mêmes. Ils ont commencé à douter. A douter de leur mission. A douter de leurs responsabilités.
Quand ils ont repéré l’Amerigo, ils ont sauté sur l’occasion de trouver un être intelligent encore libre de leur influence pour essayer d’avoir des réponses, pour les aider à y voir plus clair… Pour les guider. C’est moi qu’ils ont choisie pour devenir leur reine, en quelque sorte…
Je vais monter à bord de leur appareil et laisser ici l’Amerigo pour que Balt le trouve avec à l’intérieur, son drone et toutes les autres réponses aux questions qu’il se pose. Moi qui rêvait d’une planète pour moi, je vais avoir plusieurs systèmes ! Mouah ah ah ah ah !

par Damien Allemand

Balt Cairn : Dimanche 5 Novembre 2186

Demain l’Amerigo va se poser sur la planète. Juste derrière elle l’appareil ennemi. Et nous, parfaitement invisible, pas très loin… Je crains un peu l’entrée dans l’atmosphère : on risque de se faire repérer : il faudra envisager entrer de l’autre côté de la planète avant de les rejoindre à vitesse réduite, et toujours camouflé. Je trouve surprenant que l’appareil ennemi n’aille pas plus vite. Il semble beaucoup plus performant que l’Amerigo, mais, au lieu de pousser ses moteurs pour le rattraper il se contente de le suivre à la même vitesse.
Je ne veux pas prendre le risque de me faire repérer alors je ne tente pas de communiquer avec Tina. On pourrait essayer par télépathie, mais je ne sais pas comment elle fait. C’est elle qui a contacté Namgou et pas le contraire.
Alors on se contente de suivre les consignes, en se tenant prêt à toute éventualité.

par Damien Allemand

Tina Johnson : Vendredi 3 Novembre 2186

Pan ! Pan ! Pan ! Calamity Tina a encore frappé ! Tout s’est passé comme prévu ! Ils ont mordu à l’hameçon. Ils me suivent de près, mais je parviens à contrôler suffisamment leur appareil pour qu’ils ne me rattrapent pas avant que je me sois posée. Je les amène en terrain connu…
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Quant au Colombus, aucune trace : leur système de furtivité est vraiment impressionnant. Je sens leur présence, mais je ne parviens pas à les localiser. Ils assurent un max !

par Damien Allemand

Balt Cairn : Mercredi 1er Novembre 2186

Si les messages captés par Namgou sont exacts, c’est notre dernier jour de repli. Demain, on va avoir du sport…
On a bien répété la procédure, plusieurs fois. J’espère que tout se passera bien. Par sécurité, si ça venait à mal tourner, on tenterait le même coup que la fois d’avant, mais j’aimerais ne pas avoir à tester combien il me reste de cœurs dans ma barre de vie !
En attendant, Namgou et moi on se détend en nageant dans de magnifiques lagons, admirant la beauté des coraux et jouant avec les poissons multicolores.
Tous les moyens sont bons pour évacuer le stress.

par Damien Allemand

Tina Johnson : Lundi 30 Octobre 2186

Que la Force soit avec moi… Mouah ah ah ah ! Je crois que je suis synchro avec les bots. De ce que je perçois, c’est bien moi qu’ils ont pris en chasse. Surprenant que je ne les ai pas vu venir avant de rentrer dans le repli. D’après leurs ordinateurs de bord, ils étaient loin quand ils m’ont détectée, mais ils ont une technologie de repli court et rapide qui leur a permis de retarder la fermeture de mon repli et de l’atteindre avant qu’il ne se referme. Ils n’ont absolument pas décelé la présence du Colombus. Je vais donc les attirer sur Ma Planète et leur offrir ce qu’ils sont venus chercher : moi. Je laisserai ainsi l’Amerigo et les données du drone à Balt, derrière moi. Quant à moi, si ma compréhension de leur mode de fonctionnement est correcte je ne devrais rien craindre, au contraire… J’ai ma petite idée sur ce que je vais faire d’eux…

par Damien Allemand

Balt Cairn : Samedi 28 Octobre 2186

Namgou n’est sortie de la salle d’immersion qu’hier soir, après trois jours d’isolement. Elle semblait épuisée, mais sûre d’elle. Elle avait les idées claires. D’après elle, l’appareil qu’on suit n’est pas un clone spatio-temporel du Colombus, mais un Sister Ship. Des fois, quand une explication est trop simple, on n’y pense pas ! Il est piloté par une jeune femme au nom de Tina Johnson. Suite à une rencontre extraterrestre, elle serait parvenue à construire une relation à l’espace-temps qui lui permet de transcender l’espace et la matière. Cela lui aurait permis de ressentir notre présence dans le repli mais aussi la présence d’un autre appareil juste derrière nous, un appareil potentiellement hostile.
La sortie du repli se fera dans cinq jours. On va sortir vers une planète qu’elle connait bien pour y avoir déjà passer beaucoup de temps. La planète étant « en quelques sortes » désertique, cela ne représentera pas de danger d’y attirer nos poursuivant. J’ai le minutage exact de la sortie. Selon un chronométrage très précis, on passera en mode furtif puis on obliquera de quarante-trois degrés pour laisser nos poursuivant la prendre en chasse… Elle semble savoir ce qu’elle fait ! J’espère que c’est le cas.

par Damien Allemand

Tina Johnson : Jeudi 26 Octobre 2186

Miaou. Miaou. Miaou… J’ai trouvé le truc ! C’était pas à Balt qu’il fallait que je parle. Il s’était fait une amie Puus. Elle est plus sensible et je parviens à communiquer avec elle. Seul problème : je ne parle pas sa langue et elle ne parle pas la mienne ! Mais tout n’est pas perdu. Maitrisant la composition nodale d’AMAR, je suis parvenu à passer par l’AMAR du Colombus qui a mis au point une traduction simultanée. Je mélange donc ma connexion nodale avec l’oreillette et commence à parvenir à construire une communication. On est donc sur la bonne voie !

par Damien Allemand