Balt Cairn : Mardi 30 Aout 2185

« La cinquième planète était la plus curieuse. C’était la plus petite de toutes. Il y avait là juste assez de place pour loger un réverbère et un allumeur de réverbères… » J’ai l’impression d’avoir retrouvé l’allumeur de réverbère du Petit Prince. Mais, depuis, sa planète a encore accéléré. D’un tour par minute, elle est passée à trois tours par seconde ! On est enfin sorti de ce sombre tunnel sans étoile pour faire face à la plus curieuse, et la plus petite (une dizaine de kilomètres) de toutes celles que j’ai pu visiter. Le pulsar, tel une lune blanchâtre qui émettrait sa propre lumière au travers de sa croute, est devant nous et nous dit « Bonjour et bonsoir », en allumant et éteignant son réverbère, trois fois par seconde. J’entends le Petit Prince qui dirait « C’est véritablement utile, puisque c’est joli » ! Joliment mortel… Si nous venions à croiser la lumière de ce réverbère, nous serions instantanément grillés ! Mais on ne peut nier à quel point c’est fascinant. Tel des proies hypnotisées par leur prédateur on ne peut se résoudre à détourner notre regard.

On va aller explorer un peu ce système pour voir si on trouve des traces d’une ancienne civilisation qui aurait pu vivre autour de cette étoile mourante. Mais on va tacher de faire vite. Pas envie de me trouver là au moment d’un glitch ! Si, suite à un brusque tremblement de croute, le rayon change de direction et venait balayer le Colombus de ses rayons gamma, je ne donne pas cher de notre peau !

Mais le spectacle en vaut vraiment le risque, nous faisant instantanément oublier les angoisses de ces derniers jours. J’enverrai ces images à la Terre dans mon prochain courrier. Personne n’a jamais observé un pulsar d’aussi près ! Probablement, parce que personne n’est aussi fou que moi…

Des cinq principales planètes de ce système encore existantes (car il est fort probable que les plus proches de ce soleil mourant aient été pulvérisées lors de l’explosion de la super nova qui a conduit à la création de ce pulsar) il y en a une qui, d’après mes calculs, a dû, un jour, se trouver dans la zone d’habitabilité. On va aller la voir, même si le souffle mortel de la super nova a dû tout effacer à sa surface. On ne sait jamais… Peut-être un autre signal radio comme lors de notre précédente exploration ? Quoi qu’il en soit, elle se trouve à proximité de l’endroit où on doit se positionner pour faire du pulsar, la lentille pour observer notre prochaine étape. Ca ne sera donc pas une grosse perte de temps.

par Damien Allemand

Balt Cairn : Samedi 27 Aout 2185

De ce que j’observe je pense qu’on devrait sortir d’ici trois jours. J’ai analysé la forme du tunnel de repli et la vitesse à laquelle on s’y déplace. J’ai essayé d’accélérer mais il semble que la vitesse de déplacement influe sur la forme du repli. Plus j’accélère et plus le tunnel se rallonge. Si je ralentis trop aussi, d’ailleurs… Après plusieurs jours d’essais divers, je pense avoir trouvé la vitesse optimale. Donc si on n’a plus de mauvaise surprise, on sort dans trois jours.

J’ai parlé à Namgou de mon étrange hallucination. Elle n’a pas su quoi me répondre. Mais cela l’a troublée. Alors j’ai essayé d’en savoir plus et elle a fini par avouer qu’elle aussi m’avait vu mourir. Mais elle était persuadée que c’était des conneries et a refusé de m’en dire plus.

Mais je ne peux m’empêcher de me poser des questions. On peut dire qu’en quelques sortes on est en train de vivre une étrange déformation de l’espace-temps. Si on repli l’espace, alors pourquoi ne pas croire à un repli du temps. Peut-être a-t-on eu un aperçu du futur dû à un repli temporel ? Si je pouvais en savoir plus, je pourrais peut-être éviter un drame…

par Damien Allemand

Dennis Jainoa : Jeudi 25 Aout 1932

Notre voyage dans la nuit noire de l’espace replié s’éternise… On aurait dû sortir depuis trois jours, mais il semblerait que la sortie du tunnel s’éloigne au fur et à mesure qu’on s’en approche.

La nuit dernière, j’ai rêvé que c’était moi qui pilotais. Je me suis vu seul aux commandes du Colombus, je programmais le passage en mode replié. Enfin seul, non… Triisk était là pour me lire ce que je devais rentrer dans la machine pour la programmer. Il avait fait les calculs lui-même. Mais ni Balt, ni Namgou n’était là. C’est sûr que si c’est nous qui programmons, pas étonnant que le repli se passe mal ! Heureusement que ce n’était qu’un rêve, bien qu’il avait l’air si réel… Je crois qu’on a passé trop de temps à potasser le manuel du Colombus.

Pour passer le temps, Triisk bricole ses micro-jouets à longueur de journée. Moi, je jardine, mais sans les jouets de Triisk. Je fais dans le « naturel » ! Ou presque… Je suis fasciné par cette nature artificielle, habitée de mini drones polinisateurs en guise d’abeilles. Toutes ces plantes si exotiques… Des fruits rouges, orangés, mauves, verts…

J’aimerais avoir des dents comme eux pour les croquer sans attendre. Curieusement, aucun n’est toxique pour nous. C’est un peu comme si il y avait des similitudes dans nos systèmes digestifs pourtant si éloignés. Je boucle ces notes pour aujourd’hui, car une nouvelle partie de go avec bière et bretzels va bientôt démarrer. On joue. On boit… On essaie d’oublier la situation terrible dans laquelle on est…

 

par Damien Allemand

Dennis Jainoa : Jeudi 25 Aout 1932

Notre voyage dans la nuit noire de l’espace replié s’éternise… On aurait dû sortir depuis trois jours, mais il semblerait que la sortie du tunnel s’éloigne au fur et à mesure qu’on s’en approche.

La nuit dernière, j’ai rêvé que c’était moi qui pilotais. Je me suis vu seul aux commandes du Colombus, je programmais le passage en mode replié. Enfin seul, non… Triisk était là pour me lire ce que je devais rentrer dans la machine pour la programmer. Il avait fait les calculs lui-même. Mais ni Balt, ni Namgou n’était là. C’est sûr que si c’est nous qui programmons, pas étonnant que le repli se passe mal ! Heureusement que ce n’était qu’un rêve, bien qu’il avait l’air si réel… Je crois qu’on a passé trop de temps à potasser le manuel du Colombus.

Pour passer le temps, Triisk bricole ses micro-jouets à longueur de journée. Moi, je jardine, mais sans les jouets de Triisk. Je fais dans le « naturel » ! Ou presque… Je suis fasciné par cette nature artificielle, habitée de mini drones polinisateurs en guise d’abeilles. Toutes ces plantes si exotiques… Des fruits rouges, orangés, mauves, verts…

J’aimerais avoir des dents comme eux pour les croquer sans attendre. Curieusement, aucun n’est toxique pour nous. C’est un peu comme si il y avait des similitudes dans nos systèmes digestifs pourtant si éloignés. Je boucle ces notes pour aujourd’hui, car une nouvelle partie de go avec bière et bretzels va bientôt démarrer. On joue. On boit… On essaie d’oublier la situation terrible dans laquelle on est…

 

par Damien Allemand

Balt Cairn : Mercredi 24 Aout 2185

De mieux en mieux… Il se passe vraiment des trucs bizarres. Hier soir, alors que tout le monde dormait et que je veillais un peu pour surveiller les indicateurs, j’ai entendu un bruit bizarre. Pensant à un gémissement plaintif de Namgou, un cauchemar, peut-être, je me suis levé pour aller voir ce que c’était. Je n’avais pas fait une douzaine de mètres dans le couloir qu’une sorte de nuage noir l’envahissait. C’était comme si la noirceur extérieur avait envahi l’intérieur du vaisseau. Je voulu fuir et retourner m’enfermer au poste de pilotage mais le nuage fut plus rapide. Tout devint noir, presque instantanément. Je sentais encore autour de moi la paroi du couloir mais, pris de vertiges, je ne savais plus trop dans quelle direction aller.

Puis je senti une présence. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai immédiatement pensé à Delilah. C’était comme si je la reconnaissais. Je murmurais son nom…

— Delilah ?

— Oui…

— C’est toi ?

— Oui.

— Je suis en train de rêver ?

— Non. Tout ceci est bien réel.

— Alors, je suis mort !

— Ah ah ah ! Non ! Ah ah ! Pas encore ! Mais ça ne va pas tarder… Bientôt…

— Quoi ?!

— Ne t’inquiète pas ! Ca va bien se passer… Je t’attends… Je t’aime…

Les derniers mots qu’elle prononça semblaient si lointains que je les entendis à peine ! Le nuage se dissipait presque aussi rapidement qu’il était apparu. Le couloir était là, illuminé comme avant. Pris de nausées, je me précipitais aux toilettes pour vomir. Puis décidais qu’il valait mieux me coucher. Je devais être fatigué. Ce matin, j’ai encore cette sensation bizarre que quelque chose n’est pas normal. Comme une présence… Je n’ose pas en parler aux autres de peur qu’ils me prennent pour un fou !

par Damien Allemand

Balt Cairn : Mardi 23 Aout 2185

« Dans deux jours, mardi matin, on sera fixé ! »… Je viens de relire mon dernier poste et, effectivement, on est fixé… Il y a bien quelque chose qui ne tourne pas rond… On aurait dû sortir du mode replié, tôt ce matin. Mais, à l’heure prévue, rien ne s’est passée ! Je me suis levé tôt pour pouvoir réagir au moment de la sortie si quoi que ce soit tournait mal. Mais rien. Rien n’a tourné mal, et rien n’a tourné bien non plus ! Je ne comprends pas trop la physique du pli spatio-temporelle, pour tout dire… J’ai demandé à Namgou mais ce n’est pas sa spécialité, non plus… Si je me fie aux chiffres que m’indiquent mes cadrans, le Colombus a énormément ralentit. Si je devais tracer une ligne droite entre notre point de départ et notre point d’arrivée on devrait être en plein à l’intérieur du cône du pulsar. Sauf qu’on ne voyage pas dans l’espace où se trouve le pulsar…

Imaginez une feuille de papier qu’on plie en deux. On perce un trou et on va d’un bout à l’autre de la feuille en passant par l’espace entre les deux moitiés de feuille. Le pulsar est sur la feuille mais pas nous…

Est-ce qu’il aurait une influence sur le repli que j’ai créé à côté de lui ? Enfin, quand je dis « à côté », tout est relatif… J’ai prévu de sortir à plusieurs centaines de millions de kilomètres… Ce qui me paraissait plutôt sûr. Apparemment non…

par Damien Allemand

Balt Cairn : Dimanche 21 Aout 2185

Je commence à progressivement retrouver l’appétit et le sommeil. Cette histoire de pulsar m’a obsédé pendant toute la semaine. Je ne pouvais m’empêcher de refaire encore et encore mes calculs, lire et relire toute la littérature scientifique sur le sujet, faire des simulations diverses et variées. Je ne parvenais pas à me convaincre qu’on était sur la bonne voie, que tout allait bien se passer. Une sorte d’intuition que quelque chose d’anormal va se passer. Le pressentiment que j’ai oublié quelque chose dans mes calculs…

Et puis Namgou est arrivée, sans se presser (comme dans la chanson…), avec son calme habituel, son assurance, son intelligence si avancée sur la mienne… Je lui ai expliqué ce qui se passait, on a, ensemble, repris tous les calculs et elle m’a confirmé que tout était bon et qu’on allait sortir suffisamment loin du cône du pulsar. Elle m’a ensuite entrainé en salle de sport, où on a nagé ensemble un long moment et gouté les plaisirs de l’amour sous-marin…

Bref, j’ai retrouvé la santé et oublié un peu ce problème de Pulsar. Les activités d’entretien du Colombus m’occupent à nouveau d’avantage l’esprit. Bricolage, jardinage… J’ai encore du chasser un fantôme, comme cela m’était arrivé lors de mes premiers mois en mode repli. Une nouvelle plaque bloquée dans le système de traitement des eaux usées. Mais, maintenant, avec AMAR, on sait faire !

Même si cette intuition, que quelque chose ne va pas tourner rond avec ce pulsar, est toujours là, je l’ai rangée dans un coin et arrive à ne plus y penser. Dans deux jours, mardi matin, on sera fixé !

 

par Damien Allemand

Dennis Jainoa : Jeudi 18 Aout 1932

Balt est très anxieux depuis que nous sommes repassés en mode replié. On ne le voit plus à nos parties de GO. Quand il n’est pas au poste de pilotage en train de faire des croquis et des calculs, il s’enferme en salle d’immersion pour lire des livres d’astronomie.

Une fois, je suis rentré dans la salle d’immersion et je l’ai surpris dans une contemplation silencieuse devant une immense boule légèrement lumineuse d’où sortait deux rayons d’une lumière blanche très intense, à environ une vingtaine de degrés par rapport à son axe de rotation. Ca devait être une sorte de soleil ou une lune dont la lumière venait de l’intérieur, je pense… Il tournait si vite que les deux rayons formaient un cône. De temps en temps, Balt arrêtait la simulation ou la ralentissait pour mieux observer, puis il la relançait de nouveau.

J’essayais de l’interroger pour savoir ce que c’était, ce qu’il faisait, lui rappeler qu’il n’avait ni bu, ni mangé, ni dormi, depuis plus de vingt heures… Mais à chacune de mes questions, il ne me répondait que par un vague « Hmmm ».

J’ai aussi essayé d’en parler avec Namgou. Quand je lui ai décrit ce que j’avais vu en salle d’immersion, elle m’a dit qu’il s’agissait probablement d’un pulsar. Je ne sais pas ce que c’est… Elle avait bien une idée de la raison pour laquelle il regardait ça et qu’elle allait voir avec lui. Je me demande bien ce qu’il se trame. Maintenant, ils ont l’air tous les deux inquiets…

 

par Damien Allemand

Balt Cairn : Mardi 16 Aout 2185

Et nous voilà repartis… Nous avons quitté la planète morte il y a deux jours et sommes entrés en mode replié, il y a quelques heures. J’espère ne pas m’être trompé dans mes calculs, car le prochain système tourne autour d’un pulsar… Si je me suis trompé dans le calcul de sortie, on va se faire instantanément grillés comme dans un micro-onde ! J’ai repris les calculs des dizaines de fois, toute la nuit. Je suis convaincu que c’est bon, mais… J’ai quand même un doute… Bref, je suis crevé. Je vais me coucher ! Je pense que je vais passer notre période de repli, une petite semaine, à prier…

par Damien Allemand

Dennis Jainoa : Samedi 13 Aout 1932

Et voilà ! Nos petits joujoux sont en marche… Depuis hier, ils ont déjà creusé près d’un mètre. A cette vitesse-là, il leur faudrait trois-cents ans pour atteindre l’entrée du tunnel. Seulement voilà, ils ne vont pas aller à cette vitesse mais en accélérant en permanence ! Leur progression va se faire exponentiellement jusqu’à atteindre près d’un kilomètre par jour, avec une moyenne de trois mètres de circonférence. Mais ça risque de prendre un peu plus de temps que prévu. On devrait plutôt être dans les quatre ou cinq mois si la composition minérale est régulière. En revanche, s’il tombe sur une veine minérale pauvre en fer et en carbone, ils risquent de se reproduire moins vite. Ils continueraient alors de creuser à la même vitesse sans plus accélérer. Espérons que cela n’arrive pas ou le plus tard possible… On va pouvoir repartir. On reviendra dans quatre ou cinq mois.

par Damien Allemand